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La Mort de Bunny Munro de Nick Cave


J’ai lu plusieurs livres depuis le dernier article dans la section « Bouquins, Canards & autres mots sur papier« . Je n’ai rien écrit dessus mais vais essayer de rattraper ce retard, c’est sans promesse aucune. J’ai eu un petit moment de flottement où j’ai été incapable de lire des romans, et puis, un détour à la Fnac plus tard, c’était reparti. Le dernier que j’ai terminé est La mort de Bunny Munro de Nick Cave.
Comme pratiquement tout le monde le sait, Nick Cave est un des songwritters les plus talentueux et les plus sombres de sa génération. L’australien s’est rendu célèbre en 1996 suite à la sortie de son album concept Murder Ballads où il chante en duo majoritairement avec des femmes (PJ Harvey, Katharine Blake…) des ballades autour du crime passionnel. Un single sort du lot : Where the Wild Roses Grow. En compagnie de sa compatriote Kylie Minogue, ils signent une des chansons les plus belles et les plus émouvantes de l’album. Le reste de sa longue  et prestigieuse discographie est précieuse, raffinée, racée, travaillée, intelligente et surtout habitée par une noirceur particulière que seul lui sait faire vivre à travers son art.
On connait donc Nick Cave comme musicien mais moins entant qu’écrivain. Artiste prothéiforme, il est l’auteur de recueils de paroles et d’un premier roman, il sera aussi le réalisateur, du moins si rumeur se confirme, du reboot cinématographique de la franchise The Crow.
Son roman La mort de Bunny Munro est sorti chez Broché en janvier 2010 et à cette occasion, l’éditeur avait lancé un concours photo auquel j’ai beaucoup cogité mais auquel je n’ai finalement pas participé faute de temps et de courage aussi. A cette occasion, il était possible de lire les deux premiers chapitres afin de s’imprégner de l’univers. En quelques pages, j’avais accroché direct à tel point que j’étais à deux doigts de l’acheté dans une version non-poche… sacrilège pour moi.
L’histoire se déroule dans le sud de l’Angleterre dans une région semi-réelle proche de l’univers décalé de l’English Riviera de Metronomy. Bunny Munro est VRP dans les produits cosmétique, Bunny vend de la beauté à des femmes, Bunny est un faiseur de rêves en crème hydratante, Bunny est alcoolique, drogué, Bunny a un père en phase terminal de cancer qu’il ignore, Bunny pense qu’il est irrésistible, Bunny a un entourage qui lui ressemble et surtout Bunny est érotomane.
Un soir en déplacement dans le pays, sa femme Libby au téléphone est encore en dépression. Elle ne va pas bien comme à son habitude. Elle est terrorisée par les infos télé relayant en boucle les images vidéo-surveillances d’un homme habillé de cornes de diable en plastique et d’une fourche. L’homme terrorise la population, il attaque les foules dans des centres commerciaux du pays. Elle a peur, elle a besoin de Bunny le soir-même sinon sans quoi, elle pourrait faire une connerie même avec Bunny Jr. dans la chambre d’à côté. Bunny fait la sourde oreille et ne rentre que le lendemain. En rentrant, il retrouve son appartement et tout particulièrement ses vêtements, saccagés et son fils de neuf ans seul au milieu de cet apocalypse minable.  La porte de la chambre parentale est fermée. Sa femme est à l’intérieure, pendue de tout son long, habillée simplement de la nuisette transparente orange qu’elle portait pour leur lune de miel. Après l’enterrement, Bunny ne sait plus quoi faire. Il est rejeté par les amis et la famille de sa femme. Seul avec son fils, ils sont seuls enfin pas tout à fait, il croit être visité par le fantôme de sa femme, un spectre désirant une revanche. Effrayé par ses visions, il décide de reprendre le travail très vite et de se barrer sur la route en compagnie de Bunny Jr. Il espère retrouver de sa lucidité mais continue de vivre une bouteille de whisky à la main et une cigarette entre les dents constamment. Bunny part dans une odyssée homérique hallucinogène au pays des merveilles, une contrée poisseuse et gluante comme la mèche attrape-cœur sur son front, qui n’est traversée que par une autoroute à sens unique en direction d’une mort annoncée dans le titre du livre. Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenu.

Sombre, dégueulasse, glauque, colle à la peau, ce roman de Nick Cave vous emmenèra dans les méandres les plus funèbres de la déchéance humaine. Pervers, abject, à côté de la plaque, dépravé, sans avenir, Bunny Munro est un personnage décrit sous toutes ces facettes avec une précision chirurgicale et une tentative zéro de sympathie pour l’anti-héro qu’il est. Certains romans font tout pour que le lecteur se sente à l’aise et confortable, ici c’est l’exact opposé. Même Bunny Jr., un enfant pourtant venant de perdre sa mère, n’est qu’un chainon vers cette descente aux enfers. Son côté autiste apprenant la vie à travers son père mais surtout une encyclopédie universel offerte par sa mère n’a rien de mignon, rien d’attachant, il n’est qu’une version enfantine de son père, un gamin voué à la même vie et aux mêmes erreurs que son paternel… destinée manifeste.

Un roman hypnotique et dérangeant, son univers déglinguée et précis peut rappeler les limbes THC d’Hubert Selby Jr. ou d’Arthur Miller. Des lubies sexuelles tendancieuses, des fantasmes sur des pop-stars libidineuses comme Avril Lavigne et son khol ou le mini-short doré lamé de Kylie Minogue, Bunny est tout ce qu’il y a de plus refoulé et moche dans chaque homme. Un second roman très intéressant, extrêmement bien écrit et très original. Je pense vite me procurer Et l’âne vit l’ange, son premier roman, assez rapidement. Un conseil littéraire pour l’automne ou l’hiver à venir, le genre de livre qu’il faut lire quand il pleut, qu’il fait froid et que les espoirs de vacances sont loin, dans une vie train-train un peu reloue. Un roman « émouvant et familial » comme dirait une fan de Nick Cave & The Bad Seeds que je connais très bien.

Le livre est disponible en poche aux éditions Le Cercle Points partout au prix d’environ 7 €. Comme ici ou ici.

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Faut-il Manger des Animaux – Jonathan Safran Foer

Après avoir écrit un chef-d’œuvre encensé par la critique, il est toujours compliqué de réitérer cet exploit. Afin d’éviter une redite et une impression de déjà-vu dans sa construction romanesque, Jonathan Safran Foer revient là où on ne l’attend pas avec un essai,  ressemblant souvent à s’y méprendre à un pamphlet, sur le fait de manger des animaux. Sujet d’actualité brulant et très en vogue particulièrement aux Etats-Unis, le végétarisme devient de moins en moins une alternative de vie, un choix intellectuel mais un choix médical, moral et éthique. Avant même de lire « Faut-il manger des animaux ? », on connait déjà la réponse et c’est justement en cela que la réflexion de l’auteur sur le sujet est intéressante. Il est très clair que Safran Foer n’est pas uniquement dans la réflexion philosophique pure sur le sujet, non, il est très documenté et est même allé sur le terrain pour approfondir ses investigations. Je pensai, à tort, que le livre serait plus romancé mais il a le talent de renseigner, informer, raconter, inviter à la réflexion et confirmer ce que l’on sait déjà sans vraiment avoir envie de le voir. Les ornières conscientes autour de l’industrie animale sont créatrices justement de l’immoralité régnant autour de la nourriture finissant dans nos assiettes. A travers différents axes et le raisonnement de l’auteur, nous cherchons à comprendre notre attachement sentimentale et culturel avec la nourriture animale, nos eusses et coutumes comme se demander pourquoi ne mange t-on pas de chiens. Puis il y a ses recherches, l’analyse d’un système industriel américain, la barbarie, les entrepôts, l’exécution souvent ratés des bovins mais il s’intéresse aussi à l’industrie du poisson autant plus flippante qu’on ne la voit pas et qu’elle moins connue.

Végétarien lui-même, il a déjà un parti dès le départ mais ce n’est pas pour autant que son écrit devient du proxénétisme façon PETA, il argumente et explique ce qui fait que lui est et est devenu végétarien alors qu’il ne l’était pas.

Je ne suis pas végétarien moi-même et j’avoue avoir lu le livre pour son auteur et non pour le sujet lui-même bien qu’il m’intéresse. J’ai étudié les stratégies de marketing autour de la Vegan food aux USA il y a deux ans et les raisons de ce développement là-bas. Après avoir terminé le livre, je n’ai pas envie de m’arrêter pour autant de manger des animaux. Mais, parce que bien sur il y a un mais, je dois avouer que l’abattage en France et en Europe m’intéresse, j’aimerais savoir comment se passe l’industrie dans le continent où je vis car le roman de Safran Foer ne parle que des US. Le problème est qu’en le lisant, il y a parfois un coté redondant un peu chiant où il re-dit que certains animaux sur la chaine d’abatage ne sont pas complètement morts lorsqu’ils arrivent au niveau de la découpe… après quatre répétitions, je ne sais pas pourquoi mais je crois que j’ai compris…

Un livre très bien documenté, très intéressant, très instructif mais difficile à lire dans le métro ou pour se détendre.

Un essai qui vous fera réfléchir sur le futur de l’homme, sur des questions existentielles, sur nos rapports au vivant, à notre histoire familiale, à l’importance de la nourriture dans le partage avec l’autre… un peu de philosophie contemporaine et une alerte glaçant le sang au programme.

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Moi tout craché – Jay McInerney

Je vais raconté une histoire pour introduire ce recueil de nouvelles parce que j’ai faillis ne pas le lire à cause d’un sentiment de déjà-vu. Donc si vous n’avez pas envie de la lire, il y a une rapide critique plus bas. Il y a quatre ans environs, j’ai découvert Jay McInerney en lisant Lunar Park de Bret Easton Ellis. La scène du sniff de coke sur un capot de bagnole, qui a inspirée et valut à Fréderic Beigbeder une arrestation donnant naissance à un roman Français, et les souvenirs de BEE de leurs débuts d’auteurs à succès m’a donné envie de découvrir cet écrivain jusqu’alors inconnu.
Le premier McInerney que j’ai lu était Glamour Attitude que j’ai dévoré à une vitesse folle. Addict, j’ai décidé de lire toute sa bibliographie et donc, pour bien faire, reprendre par le commencement, soit la première œuvre. Googlisation foireuse et manque de lecture de ma part, je cherche désespérément à me procurer Journal d’un oiseau de nuit mais découvre que la seule édition poche du livre date de 1987 et est épuisé à ce jour. Je fouille et décortique des sites spécialisés et trouve un exemplaire vendu à 56€… je passe mon tour. Un peu téméraire, le hasard fait que je jette un œil sur Amazon.ca. Bingo ! il est vendu d’occas pour 10$ frais de port compris. En attendant qu’il débarque du Québec, je me retrouve avec La Belle Vie entre les mains et là, c’est une passion incandescente qui démarre, un livre de chevet auquel je repense encore aujourd’hui, le livre de McInerney que je recommande à celui qui veut découvrir cet auteur.
Le Canada sonne à ma porte et quelques jours plus tard, je n’ai déjà plus rien à lire et un peu le blues à cause de la fin du bouquin. Je fais une pause McInerney pour quelques temps. Un an ou deux après, je suis à la Fnac et décide de reprendre un peu la littérature américaine après un gros passage japonais des deux Murakami. J’achète Bright Lights Big City de McInerney pour remonter en celle. Le lendemain matin, dans le métro, je commence le livre avec cette impression désagréable d’avoir déjà lu mot pour mot le même livre. Je suis peu désorienté et pousse le truc jusqu’à la fin du premier chapitre.  Inquiet, je regarde sur le net et comprend que le nouvel éditeur a décidé de reprendre le titre original du livre et que je suis entrain de relire Journal d’un oiseau de nuit… oh ! la belle arnaque !
Décembre dernier, quelques jours avant noël, je suis dans le bus et ouvre Moi tout craché sortit en poche chez Points en octobre 2010. Rebelote, « il est six heures du mat’. Tu sais où tu es ? » et je suis de retour au Lizard Lounge et j’attends que Tad Allagash fasse son apparition, mais combien de fois vais-je relire ce roman sans que je ne le veuille ?. Moins bête que l’autre fois, je lis la quatrième de couvertures et comprends que je lis la nouvelle qui a inspiré le livre et ce n’est qu’un début car la troisième nouvelle Philomena est aussi la genèse de Glamour Attitude, comme l’est aussi Moi tout craché pour Toute ma vie. Justement, il est intéressant de voir que Pénélope au bord de l’eau vient après Moi tout craché car le personnage reste le même, il s’agit toujours d’Alison Poole sauf que son nom n’est pas utilisé. Le personnage d’Alison Poole, personnage importants aussi chez Bret Easton Ellis, est inspirée d’une amie des deux auteurs nommée Rielle Hunter. Rielle Hunter est une actrice et productrice de cinéma active au sein de Brat Pack et connue pour avoir eu une liaison extra-conjugale avec le vice-président du partit démocrate sous John Edwards avec qui, elle a eu un enfant créant le scandale. Autre histoire démontrant la similitude avec le personnage de roman,  son père a fait parler de lui pour une fraude à l’assurance concernant des chevaux (ceux qui ont lu moi tout craché comprennent de quoi je parle).

Les autres nouvelles sont prenantes, le décorum est planté à une vitesse incroyable, les personnages tracés et harmonieux et à chaque fin, on voudrait que cette nouvelle aussi soit un roman. Certaines nous emmène loin de New York et ses problèmes de yuppies comme Dans la province frontalière du Nord-Ouest se déroualnt en extrême orient ou dans l’Amérique plus profonde dans Barrière invisible. L’air du temps, les relations humaines sinueuses et complexes, les mensonges et autres rapports familiaux triturés, Jay McInerney donne une palette des différents problèmes de la société occidental moderne totalement névrosée. Un Zeitgeist des trente dernières années et des nouvelles de ses personnages préférés Russel et Corrine le temps d’une manifestation contre la guerre, loin très loin de leurs idéaux post onze septembre. Ces personnages sont les protagonistes d’une nouvelle nommée Fumée dans La fin de tout mais surtout dans Trente ans et des poussières et La Belle Vie. Le futur roman continuerait leur histoire dans un New York post crash boursier. En attendant la suite donc.

« C’est moi, trente-deux ans. Toujours à attendre que ma vie d’adulte commence ».

Jay McInerney

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Le Démon – Hubert Selby Jr.

Il y a des bouquins que l’on lit en pensant à autre chose, laissant ses yeux suivrent le cours des mots sans vraiment y réfléchir, une sorte de distraction oculaire ou de remise à niveau social en matière littéraire, genre best-sellers pas finauds à l’apport intellectuel quasi-nul. Il y a aussi ceux qui prennent à la gorge, qui s’immiscent discrètement dans votre cortex jusqu’à vous obséder, à remettre en cause votre propre système mental et changer momentanément ou définitivement votre humeur du moment.

Le Démon de Hubert Selby Jr. fait parti de la deuxième espèce, un livre à ne pas mettre entre toutes les mains car son écriture classique, mais classieuse, où chaque mot a sa place et est pesé avec une minutie impressionnante, peut pousser à l’obnubilation ou à une fascination border-line. Un roman qui permet de toucher les antres de la folie, mais seulement avec les yeux.

L’histoire est simple, celle d’Harry White. Tanguy, corporatiste d’une grande firme new-yorkaise, queutard à femmes mariées, base-baller, ambitieux, dérangé sans être dérangeant et donc totalement captivant. Harry est le personnage romanesque dangereux car il est doué d’un pouvoir de projection quasi instinctif sur soi ou comparable à une personnage de son entourage proche malgré cette folie crescendo au fil des pages que l’on assimile comme un déroulement naturel, aussi perturbante soit-elle.

D’autres auteurs du même acabit, dans la littérature alternative américaine, ont déjà joué sur les codes de la folie graduelle, dû à une société ultra urbaine fonctionnant sur un cliché de perfection esthétique et de réussite sociale ascendante, comme le personnage de Patrick Bateman dans le classique American Psycho de Breat Easton Ellis. Selby Jr n’est pas le premier, bien que Le Démon date de 1976,  mais réussit à humaniser à tel point son personnage que, sans noyer son style d’écriture par des répétitions ou des listes exhaustives de marques commerciales, le lecteur devient Harry et sent cette oppression étouffante poussant à un glissement que l’on sait irrémédiable. Palpitant en sera la chute.

Pour ceux qui ont lu Last Exit To Brooklyn, son plus connu, ou Retour à Brooklyn, duquel est tiré le film culte Requiem for a Dream, le choc n’en sera que plus grand.
L’écriture est moins racoleuse, tapant moins dans le trash facile au style psychotique sous héroïne et aux personnages vomitifs pas attachant sur une seule ligne. Pour l’occasion, tout est plus posé donnant une dimension plus profonde à ce personnage hors du commun que l’on découvre en fin de pré-adolescence et qui, confronté à des problèmes adultes, va gérer à sa manière en prenant un chemin inattendu. Tout le contraire de Easton Ellis qui propose des personnages de tout âge en pleine crise d’adolescence et aux remises en questions boutonneuses et superficielles.

Hubert Selby Jr. et son démon ne laisse pas indemne. Son roman est hypnotique et inquiétant. Le lire réveille et frôle sa folie personnelle et pousse même à la remettre en cause. Une mise en quarantaine mentale où l’on s’est piégé soi-même, un chef d’œuvre abouti de sa première à sa dernière page où cohabite des scènes familiales magnifiques et poignantes, des manies perturbantes et une folie qui se propage de façon cutanée, systémique en soir comme le prolongement logique de ce chef d’œuvre incroyable.

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La Carte et le Territoire – Michel Houellebecq

Je vis une période un peu étrange en ce moment. Je dors mal, je dors peu et le ciel gris enneigé ne me déplait pas outre mesure. J’ai terminé Hotel de Lausanne de Thierry Dancourt, déçu, je voulais repartir sur du neuf et du bien. Après différentes conversations autour de moi, on m’a prêté La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq. Coup de coeur médiatique surprise et incontestable de la rentrée littéraire de l’année, j’ai commencé à le lire deux heures après qu’il ait le prix Goncourt 2010 et l’ai terminé dans la journée où sa parution piratée sur le net a été reliée par les grands médias nationaux. Un livre entre deux scandales sans intérêts où à défaut d’avoir donné la critique du roman à des snippers professionels anti-houellebecq de la première heure, les rédactions l’ont refilé à des admirateurs ou simplement de bons journalistes neutres. Le fond n’a pas été attaqué alors on a attaqué la forme et ses alentours. Des accusations de plagiat d’articles de wikipédia sur des mouches, des inspirations d’auteurs classiques…. Pourquoi ne pas attaquer le fond et que des détails ? Peut-être parce que Houellebecq ne peut être attaqué sur ce qui d’habitude représente la cible préférée de ses détracteurs : le trash sexe.
La carte et le territoire est un roman sobre, voir même chirurgical.
L’histoire est celle de Jed Martin est artiste parisien débutant son oeuvre par des séries de clichés d’objets manufacturés de toute nature sous un angle aspetisé et industriel. Son art devient un travail alimentaire pour des catalogues commerciaux. Pour des raisons familiales, Jed part avec son père dans la maison de ses grands-parents et lors d’une pause sur l’autoroute, Jed découvre la beauté des cartes michelin. Cette découverte va devenir le nouvel objet de son attention et de son oeuvre. Par différentes rencontres et de fil en aiguille, Jed expose dans une petite gallerie parisienne à la mode. Le hasard faisant bien les choses, une responsable mécénat de Michelin est présente et propose de s’occuper de lui. Michelin met les moyens et organise une grande expo qui a instanément un grand succès critique. Les oeuvres se vendent comme des petits pains. Jed décide d’arrêter avec cette période et revient à la peinture pour une série de portraits. Pour la future exposition attendue, le gallerieste conseille à Jed d’avoir une célébrité pour rédiger la préface de son catalogue. Michel Houellebecq est un choix naturel mais pour cela, il faut d’abbord lui demander. De là commence un thriller sous analgésique et une vision d’une societé moderne en pleine mutation.
Je dois avouer que j’ai passé un moment incroyable pendant sa lecture. Je n’ai lu que Les Particules Elementaires de Houellebecq, je ne suis pas un spécialiste mais son style, la précision de son écriture, les détails et l’ambiance m’a embarqué très rapidement. La réflexion sur l’art, sur la monétisation d’une œuvre, sur la réflexion artistique, sur ce qui est art et ce qui ne l’est pas… le fond est véritablement intéressant et d’une simplicité de lecture incroyable pour un sujet qui, à la base, ne l’est pas. Sa vision du future de notre civilisation est brillante et brute de réalité.
J’ai trouvé aussi assez déroutant et intéressant de voir un auteur se mettre en scène  comme si il parlait d’un inconnu. Il utilise les apprioris et idées reçues que l’on peut avoir sur lui tout en y mettant assez de distance pour avoir l’impression qu’il ne connaît pas cette personne. Jed Martin et son coté autiste artiste est très bien décrit, le froid de ses sentiments est typique de beaucoup d’artistes réels.
Les deux première parties m’ont beaucoup plu ainsi que l »épilogue mais la troisième partie est trop fouillis et on ne sait vraiment pas où on va.
Je ne suis pas un lecteur de prix Goncourt, je me moque de savoir si il le mérite ou non  mais tout ce que je sais, c’est que ce roman mérite d’être lu.  Lu pour son intelligence, pour son style unique, lu pour un artiste proposant une analyse du monde présent et à venir remarquable, lu tout simplement.

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Install de Wataya Risa

Je n’avais pas envie de quitter le Japon après avoir lu Park Life. Le roman n’est pas extraordinaire mais il m’a dépaysé en une centaine de pages. Pas envie de quitter les décors nippons ni envie de me retrouver en rade de bouquin dans le métro pour aller à mon travail, oh ! ça tombe bien, je suis justement à la FNAC ! Bien que j’ai Moi, tout craché de Jay McInerney qui m’attend à la maison bien sagement, je ne peux pas me permettre d’être à cale sèche après trois stations. Je me glisse donc au rayon littérature étrangère, étagère Asie et je cherche un livre petit, japonais et de chez Picquier Poche de préférence. Après avoir fouillé et avoir envie d’acheter quasi la totalité des titres en lisant les quatrième de couverture, je me rends compte que je suis en retard et je prends par hasard Install de  Wataya Risa. Le pitch semble être simple et efficace, la couverture  est pop kawaii comme une photo du magasine fashion Fruits ! , bon au pire ça ne fait que cent pages, je m’en remettrai.
Wataya Risa a écrit Install pendant des vacances scolaires alors qu’elle n’est encore qu’une lycéenne de dix-sept ans. Install raconte l’histoire d’Aoki une jeune lycéenne encore naïve, encore vierge, encore sensible qui décide d’arrêter les cours en pleine années de bachotage intensif pour les concours d’entrée aux grandes écoles. Elle veut croire à l’entourage qui s’y intéresse qu’elle est atteinte de futôkô, syndrome de refus d’aller à l’école mais son malaise est bien plus grand. Elle décide de jeter tout ce qui se trouve dans sa chambre pour repartir à zéro. Elle jette un tas d’affaires, des mangas et un ordinateur ancien n’ayant jamais fonctionné, cadeau de son défunt grand-père pour ne laisser que son lit au milieu de la pièce. Elle sèche les cours et jette tout sans que sa mère ne le sache.
Pendant ce déménagement furtif, elle rencontre un petit voisin de dix ans en vélo qui est intéressé par l’ordinateur en panne et repart difficilement avec. Une chose en amenant une autre, Aoki retrouve ce gamin étrange prénommé Kazuyoshi qui s’avère être un enfant pas comme les autres car il a réinitilalisé l’ordinateur par ses propres moyens et propose à Aoki un travail de cyber-hotesse érotique pendant les heures d’école dont il s’occupe lui le soir. Aoki décide de repartir, comme l’ordinateur à zéro, en acceptant ce travail étrange et excitant à la fois.

Un roman rapide, drôle, actuel et agréable. Je l’ai lu en une journée et je dois avoir passé un moment sympathique. Pas de la grande littérature mais une urgence dans son écriture, une précision incroyable et un mal très contemporain. Le témoignage d’une nouvelle génération prête à tout pour se trouver. Je peux enfin quitter le Japon et tracer direction New York City.

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Park Life !

Je venais à peine de terminer Les Années Douces de Hiromi Kawakami que je scrutais la blogosphère pour voir si comme moi, d’autres personnes avaient aimé autant que moi. Après quelques clics et plusieurs lectures, je suis tombé sur le site de Lecturissime, le blog d’Hélène, qui conseillait Park Life de Shuichi Yoshida si on avait aimé Les Années Douces. Les rendez-vous est prit, le conseil enregistré, j’achète ce tout petit livre de cent douze pages aux éditions Picquier poche . Park Life, derrière son titre pop très Blur-esque, se cache un roman choral qui a comme terrain commun un parc géant au coeur de Tokyo. Pendant toute l’histoire on suit un personnage mais il n’est pas pour autant le personnage principal, il n’est qu’un média pour décrire la vie de ce parc, de cette connexion étrange qui lie tous les visiteurs, média du regard des uns sur les autres, média d’une societé en mutation et de sentiments humains.

Un roman étrange, paisible, aerien et très très décousut. Une promenade de quelques jours dans ce ventre de Tokyo, une lecture rapide mais agréable comme une chanson pop. Certains n’y veront qu’un immense vide et des idées décomposées n’ayant ni queue ni tête mais en y grattant un peu, vous pourrez découvrir une histoire sans héro, sans twist à la fin de l’acte II, sans trame, sans amour passioné et fou, simplement une histoire d’un parc et de ses promeneurs singuliers. Une ville vivante, une ville organique, une ville qui n’a besoin de personne pour être le centre d’intérêt d’un roman novateur.
Comme d’habitude, après quelques pages, je rêvais d’être là-bas, de découvrir la fontaine en forme de coeur, de croiser un homme avec un singe nommé Lagerfeld sur les épaules, de voir un avion fait main tournoyer dans le ciel et de réfléchir à ce mystère qui entoure les femmes buvant des cafés derrière la vitrine des Starbucks Café (Starba). Un allé-retour rapide nippon et très géo-cbilé, Park Life ou quand la littérature japonaise donne un nouvel angle de vu au roman.

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