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Mon 11 septembre 2001

Le 11 septembre 2001, j’étais dans la maison perdue de mes parents dans le village de Cabris sur la Côte d »Azur. J’avais téléchargé, illégalement bien sur, le dernier album de Noir Désir Des Visages, Des Figures la veille de sa sortie et n’avais eu le temps que de l’écouter une seule petite fois. Après une grasse matinée bien méritée, surement encore suite à une nuit de tchat sur les salons AOL, j’ai déjeuner avec mes parents et eu envie d’écouter l’album pour digérer. Il faisait gris, chaud, orageux ma chambre avait des barreaux à sa fenêtre,  j’étais dans ma bulle, loin de tout et pour une fois, la télé éteinte. Je surf-glandai avec la connexion AOL illimité. C’est peut-être  invraisemblable mais j’écoutais L’Incendie quand mon ami Seb’ m’appel et me dit simplement : « tu regardes la télé ? Il se passe un truc de fou ! » Je raccroche, fonce allumer la télé et là je vois le premier avion dans la tour… choc. Une minute plus tard, deuxième avion et là, comme tout le monde, je comprend que le monde va profondément changer. J’ai passé toute la journée la télé à fond, à lire tout et n’importe quoi sur le net, les soupçons d’un attenta programmé par les juifs, puis par des musulmans intégristes, puis par des pakistanais, puis par des WASP, puis par… tout défilait jusqu’à ce que tout se matérialise autour d’Oussama Ben Laden.
C’est étrange car tout a profondément changé cette année-là précisément.  Une année où j’ai vécu mon premier festival musical aux Eurockéennes, une année où j’ai rencontré mon premier grand Amour avec un putain de grand A, une année où j’ai voyagé seul et loin pour la première fois, une année où je me sentais être un post-ado cool et bien dans sa peau.
J’étais à New-York exactement deux mois plus tôt, j’ai squatté et vécu le séjour le plus fou de ma vie pendant trois semaines cette année-là. Ca faisait des années que je répétais qu’on serait une génération oubliée par l’histoire, une génération détruite par la télé, par cent douze chaînes abrutissantes, par le premier secret story, par la première Star Académy… j’avais les idées génération X nihiliste de Fight Club en tête et une espèce de relan post-grunge encore un peu vivant même si j’avais l’impression que les choses bougeaient mais uniquement à mon petit niveau.
J’ai regardé la télé toute la soirée dans le salon avec mes parents, j’ai regardé encore et encore les images des tours en haut desquelles j’étais quelques mois avant, avec mes amis de voyage… j’ai eu l’impression qu’on avait essayé de  réduire en cendre mon incroyable été, mes souvenirs et l’empire américain…

C’était mon 11 septembre, Ca y est, le grand incendie. Y’a l’feu partout, emergency. Babylone, Paris s’écroulent. New-York City, Iroquois qui déboulent. Mainteant… Allez !

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Rockumentary Back & Forth et mon Dreamjob

Il y a des conversations et des nuits où on refait le monde. Bien qu’il n’ait rien demandé à personne, on discute et on fait des plans sur la comète comme on monte une table Bjursta de chez Ikea à plusieurs avant une soirée crémaillère. Chronophage, introspective, délirante, nostalgique, abusive, démesurée, curative, cette conversation remet en question l’intégralité de son existence, de ses désidératas et ses échecs.
J’ai eu trente ans cette année, je ne les ai pas fêtés et en un mois, j’ai eu une grosse remise en question bien plus puissante qu’une simple « crise de la trentaine ». Pas besoin de m’allonger sur un canapé, d’essayer de déterminer la signification de tâches designées par Hermann Rorschach ou d’essayer de comprendre le sens dans la vie dans un ashram à Rishikesh, non il suffit parfois de parler avec des ami(e)s pour retrouver un sens à sa vie et redonner vie à ses envies.
Au milieu de ce bordel maelström, il y a souvent cette question du travail de rêve, le concept américain du « dreamjob« , cette continuité idéologique d’un travail qu’on a envie de vivre toute sa vie et auquel on est certain comme quand petit on disait « plus tard je serai… ! ». Heureusement l’adolescence fait découvrir les joies de la rébellion et de la marginalité sinon la police serait un secteur d’activité trop bouchonné comme l’est la communication aujourd’hui, les vétérniaires seraient en brigade pour piquer un pauvre animal, aucun feu ne serait jamais déclaré grâce aux milliers de pompiers en faction dans les rues, le fantasme de l’infirmière n’aurait plus aucun sens et une fois la primaire passée, l’éducation nationale serait un désert car toutes les filles seraient devenues des maîtresses d’école. Quand j’étais petit, je ne voulais être rien de spécifique… peut-être vaguement prof parce-que je devais être dans un fantasme Iznogoud, être khalife à la place du Khalife,  en recherche d’une prise de position putsch et d’une affirmation de moi-même par mon côté didactique et éducatif… sauvé, l’école m’en a dégouté, amen. J’ai rêvé d’être musicien mais je n’étais pas assez doué et je ne le suis toujours pas, j’avais en tête d’être maître du monde mais Minus & Cortex avaient déjà trop avancé leur plan machiavélique pour « tenter de conquérir le monde« , ma stratégie n’aurait pas fonctionnée seul, c’est sur et enfin je voulais être réalisateur audiovisuel, un Dawson Leery, à la différence près que je n’aime pas Steven Spielberg (franchement A.I. et Indy 4… franchement… ne surtout pas me lancer sur E.T.).
Je dis tout le temps qu’avoir un job de rêve dans notre société est impossible, que c’est inutile et dichotomique avec notre époque mais, après réflexion, je pense plus que j’avais surtout peur de me dire que j’ en avais un moi-même et que je ne l’assumais pas. Même si il est impossible, irréaliste ou fou, il existe quelque part en nous. Il est souvent planqué sous une épaisse couche de mauvaise foi, de frustrations, de ratés, de procrastination, de peurs, de fuite en avant… mais il est là.

J’ai découvert le mien il y a peu de temps. C’était une semaine après mon dernier anniversaire. Les Foo Fighters sortaient Wasting Light, leur septième album, et à cette occasion, la chaine VH1 réalisait un documentaire nommé Back & Forth réalisé par James Moll. Impossible de le trouver les premiers jours, impossible même de l’acheter, il ne trainait que quelques extraits sur youtube histoire de caler une dent creuse tout au plus. L’attente a fini par payer et j’ai regardé ce documentaire passionnant et sans concession un soir vers minuit avec passion.

L’histoire du groupe, mené par une fer par Dave Grohl, démarre bien sur à la fin de Nirvana, six mois après la parution de In Utero. Grohl y est alors le batteur émérite du trio grunge de Seattle. A la vue de la tournée mondiale à venir, le groupe embauche Pat Smear (jeu de mot signifiant Frotti en anglais) pour être second guitariste ou lead quand Kurt Cobain est trop amoché pour jouer. Ce point de départ est important parce que Smear va être est un des membres fondateurs des Foo Fighters. Dave Grohl parle de ses derniers mois et même de la mort de Cobain avec émotion. Il raconte l’après, le deuil, la difficulté et les conditions dans lequel il a enregistré une maquette qui deviendra le premier album de Foo Fighters. De là, le rockumentary narre la rencontre avec les autres membres, la première tournée marathon, le problème d’être assimilé systématiquement à Nirvana, les conflits d’égo, la difficulté de Grohl a laisser quelqu’un d’autre jouer de la batterie à sa place, la drogue, le spleen, le presque split, Wembley, la folie, les enregistrements, les bons moments… bref la vie rock’n’roll d’un groupe second degré devenu une bête de stade. Deux heures dans le milieu, deux heures d’images, vidéos, photos, interviews, lives, témoignages, deux heures très intéressantes et galvanisantes. Une seule envie se dégage de ce documentaire, faire du rock, écouter Foo Fighters et être aussi cool que Dave Grohl.

Quand je serai plus grand, je veux être rockumentaliste !

Pour le regarder en streaming

[videobb http://www.videobb.com/video/HZ6FcFE7I5fB]

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Petite histoire pré-Yelle @Les Vieilles Charrues

Il faut le savoir mais le passe press ne donne pas accès qu’au carré journaliste, il donne aussi droit à des conversations folles. Un de mes meilleurs souvenirs, c’est lors d’un concert de BB Brunes à la Cigale. J’était cameraman mobile pour l’intégralité du concert. C’était la grosse folie Baby rocker à ce moment-là et la frénésie Dis-moi. Au milieu d’un troupeau de fans, à 95% composé d’adolescentes, je me retrouve à côté de filles en trans et habillées très court. Elles discutent et l’une d’elle dit devant moi : « Si ce soir ils vont à la pêche, je veux bien être dans les filets et me faire tirer« . Véridique. L’adolescence à le sens de la tournure, de la poésie et de la rencontre avec ses idoles.

Pour le coup, aux Vieilles Charrues, nous n’avons pas vécu une histoire aussi trash mais une petite anecdote m’a tellement fait rire sur le coup que j’en ai écrit ce petit article pour les coulisses de la rédaction de We Love Music.fr. C’est aussi ça un festival de musique !

L’histoire est disponible ici :

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Yelle @ Les Vieilles Charrues


Lorsqu’on est envoyé en festival pour un média, il arrive parfois, voir quasi-systématiquement, que deux artistes à chroniquer se chevauchent. Dégueulasse me direz-vous, absolument ! Surtout que cette règle ne s’applique généralement que pendant le spectacle d’un artiste que l’on aime et que l’on doit quitter pour subir l’abject show d’un chanteur de variet’ que l’on déteste mais que le rédacteur en chef a notifié comme « A FAIRE IMPÉRATIVEMENT » souligné trois fois en rouge.
Aux Vieilles Charrues, la règle n’a pas rempli tout le cahier des charges et on en remercie encore la programmation bien faite du festival. Adeline Lajoinie, son altesse du hip-hop et musique du monde, devait chroniquer Yelle puis Snoop Doggy Dog lors de la première soirée du festival. Problème, il était compliqué niveau timing de passer de l’un à l’autre sans louper la fin de l’un ou le début de l’autre. Résultat, l’union faisant la force, Adeline et Dicky le Canard ont écrit à une main et une patte cet article sur Yelle, disponible sur WeLoveMusic.fr
Les deux premiers chapitres de l’article, les meilleurs, sont signés par Adeline et la fin incompréhensible par moi. Un exercice très sympa quoi qu’il en soit et un honneur pour moi.

Pour le lire c’est ici :

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Cake @ la Cigale – 19/03/2011

Les années 90 c’était quand déjà ? C’était il y a déjà longtemps, la preuve en est, des soirées thématiques comme We Are The 90s’ sont régulièrement pleines et les trentenaires continuent de faire vivre cette décennie entre pessimiste grunge et nihiliste eurodance, il faut aimer l’auto-destruction pour écouter 2Unlimited ou Dr.Alban non ? Cette nostalgie sert à refaire manger quelques « artistes » top 50 le temps de galas, soirées ou concerts mais d’autres n’ont jamais arrêtés mais sont médiatiquement moins en avant. En 1996, deux ans que Kurt Cobain est mort, Difoul a quitté Lovin’Fun et le Doc par la même occasion sur Fun Radio, le cinéma annonce la mort future des ventes de disque dans Empire Records et la menace d’un bug chaotique lors du passage à l’an 2000 se dessine et inquiète. Musicalement c’est la mort d’un mouvement, Stone Temple Pilots sortent Tiny Music… And Songs, daube rock trempé dans de la pop sucrée écœurante, Soundgarden se fait éventrer sur la place publique pour avoir déserté les bancs des riffs lourds avec Down on the Upside, Metallica est en pleine crise et fait de la country dans Load, bref les années bourinnes et rock sont terminées. Période de crise, turnovers et chaises tournantes, la musique devient plus sombre et influencée par le pessimiste generation X du mouvement grunge et la pop rock devient plombante. K’s Choice avec « Not a addict« , eels avec « Novocaine for the Soul« ,  Nick Cave & Kyle Minogue avec « Where the Wild Rose Grow« , Nada Surf avec « Popular » et l’electro pop de Everything But a Girl avec « Missing » sont autant de titres nevermind représentatifs d’un moment, servant aussi d’alternative à la folie pop des Spice Girls et autres boysband à la mode. Fin 96, débarque une voix nonchalante, grave et   un son unique : The Distance par Cake. Quelques mois après, un an avant que le titre ne devienne un hymne sportif national, Cake sort une reprise dans une version je-m’en-bas-la-race de I Will Survive de Gloria Gaynor et signe un joli succès qui s’arrêtera là. Après deux singles issus de Fashion Nuggets, Cake n’intéressera plus jamais les radios françaises malgré de très bons albums sortit au fil des années. Apple utilisera Black Skirt and a Long Jacket pour la pub du dernier Ipod, la série Chuck utilisera la même chanson en guise de générique mais il faudra attendre sept ans de silence pour leur grand retour. Une soirée avec Cake à la Cigale pour présenter son nouvel album Showroom of Compassion.

Évènement complet en quelques jours sans aucune publicité, Cake a un fan-club au taquet malgré les années. Texto quelques jours avant évènements des distributeurs de billets : t’as pas intérêt à être en retard parce qu’y a pas de première partie alors tu fais pas ton parisien et tu bouges ton cul. Bon, ce n’était pas exactement le message mais sa substance. La Cigale se remplit donc en temps et en heure et effectivement le public à minimum l’âge d’avoir été adolescent pendant les années 90, certains sont même accompagnés de leurs enfants pour leur montrer le-groupe-qu’aimait-papa-quand-il-était-jeune… saloperie de temps qui passe, saloperie de gamin qui prouve qu’on vieillit. Sur scène, le matériel attend paisiblement et le public aussi pendant quarante-cinq minutes. Les lumières s’éteignent, le plateau s’allume et débute un pauvre show lumière pas terrible accompagné d’une intro synthé kitch entre une musique Star Wars Tatouine et le thème de Rocky. Sur le coup, l’idée est marrante sauf que la blague s’éternise, on attend pendant les roulements de tambour à voir le groupe sauter pour une entrée second degré et bien non, c’est tout simplement une des plus belle supercherie musicale jamais vue en live. Star américaine, il débarque comme si de rien,  et commence en douceur avec Sad Songs And Waltzes, une reprise de Willie Nelson, pour se chauffer calmement et rappeler qu’il va y avoir de la trompette, instrument rare dans un groupe de rock.  Opera Singer monte le rythme d’un cran, suivit d’un Arco Arena instrumental très efficace, deux morceaux tirés de Comfort Eagle, album précédent en date. De là, les choses sérieuses commencent avec Franck Sinatra, Wheels et les nouveaux singles donnant envie de bouger Long Time et Sick of You.  Le public est très chaud dès les premières minutes  mais il devient dingue pour IWill Survive, à tel point que comme dans stade, en chœur, la salle reprend l’air de la chanson à tue-tête à la fin du titre. John McCrea parle beaucoup entre les chansons, il part du principe que son public est bilingue, qu’il parle le Wall Street English ou a regardé l’intégralité des épisodes de Dora l’exploratrice. L’ambiance est à son apothéose, c’est le moment rêvé pour casser toute l’ambiance avec un jeu dans la salle pour gagner un pommier dans la cadre de l’opération Cake Forest. Vingt minutes de blabla amusant mais une perte de temps ultime et un cassage d’ambiance incroyable. Ils s’excusent du retard, justifié par uns somnolence comateuse du guitariste et se rendent compte qu’ils sont ricrac et expédient Long Skirt & a black Jacket pour faire une pause… alors comment dire… habituellement, les groupes font un rappel et prennent quelques minutes mais pas là non, ils prennent un entracte et franchement c’est à nouveau un moment d’attente, c’est simplement lourd. Le groupe revient, le public est là mais ça applaudit moins, Cake lance Love You Madly mais le break a quelque peu pété l’ambiance et les retards accumulés font qu’ils doivent enchainer rapidement à tel point que le chanteur demande de ne plus applaudir pour ne pas perdre de temps. Quelques morceaux pour finir ce retour avec Never There mais franchement la connexion a disparu. Un rappel, donc encore une nouvelle attente au cas où on l’aurait pas assez fait, avec War Pigs de Black Sabbath, reprise vraiment pas géniale qu’ils auraient pu remplacer par un titre à eux comme Nuggets… je dis ça, je dis rien. C’est l’heure de finir donc il balance The Distance, ça fait plaisir mais l’euphorie initiale est moins au rendez-vous.

Un concert sympa mais trop décousu pour être vraiment agréable.  Les années 90 c’était il y a longtemps, Cake fait moins des tournées internationales ok mais bon de là à transformer ça en une sorte de foire gigantesque, genre concert amateur dans un bar entre pote, il y a un monde. Un beau bordel, une musique qui donne le sourire cela-dit et qui rappelle un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ! Un peu de sérieux messieurs !

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The Black Keys @ L’Olympia – 15/03/2011

2010 a été l’année The Black Keys dans mes oreilles. Le 17 mai, Brothers, septième album du groupe, sort et c’est le coup de foudre instantané. J’avais Thickfreakness qui trainait dans mes mp3 mais je n’y avais pas assez prêté attention, ma faute. Complètement à bloc mais à sec financièrement, je rate le concert du Bataclan avec amertume et regret mais bon on se consolera en mars à l’Olympia. Attente, folie blues-rock se calmant peu à peu, c’est enfin le grand soir mais il faut reconnaître que je suis moins à fond que je ne l’aurais été quelques mois auparavant.

Les lettres rouges de l’Olympia illuminent le bitume foulé par des dizaines de fumeurs se rassasiant avant d’entrer dans la salle. Une rumeur provenant des bars  avoisinants dit que le volume sonore lors de la balance a battu des records et était tout simplement insupportable.  The Black Keys écrit en gros en tête d’affiche, tonight is the night.
Le concert se fait à guichet fermé, une belle réussite pour le duo de l’Ohio. Brothers a été victime de critiques très vives à cause de la production de Danger Mouse considéré comme trop acidulé, trop pop et trop mainstream. Cette tentative de changement leur a permit d’élargir leur public sans pour autant compromettre leur personnalité ni leur style musicale.

La première partie est assurée par un musicien, un homme orchestre prénommé Romain jouant un blues rock tout seul comme un grand, assurant guitare, chant et batterie en même temps. Un blanc français qui fait du blues… waow l’addition branlante et casse gueule de dénomination n’allant pas ensemble et bien détrompez-vous ça dépote sévère. Même si la voix était un peu trop plate et sans effet par rapport aux instruments (un petit effet King Tube aurait été chouette pour certaines parties), musicalement Romain réussit à mettre l’ambiance avec son picking et ses riffs abruptes. Avec son attitude de branleur magnifique qui joue à l’Olympia comme il jouerait dans un troquet de banlieue, Romain est l’affluent naturel du Missisipi avec la Seine, il ne se démonte pas un seul instant et en profite pour reprendre quelques classiques du genre Muddy Waters ou Hasil Adkins. A aucun moment il ne se présente sous son nom de scène Birds are Alive. Un one-man show très agréable et complètement dans l’ambiance de l’artiste principal.

Après les vingt minutes d’entracte « offerte par l’Olympia », Le rideau rouge à peine le temps de s’écarter que le duo balance Thickfreakness , quoi de mieux pour mettre en jambe avec un riff tonitruant et des changements de rythmes donnant encore plus de force à ce morceau incroyable. Dan Auerbach, guitare / chant et Patrick Carneyn batterie sont au même plan sur l’avant-scène. Sans même le temps de se remettre ou de respirer, ils enchainent avec ce son qui leur est si particulier du delta blues s’acoquinant avec du garage rock comme sur Girl is on my Mind mais aussi des bombes rock comme Stack Shot Billy ou une reprise très énergique de The Kinks avec Act Nice & Gentle. Glacial est le seul qualificatif pouvant décrire le comportement du groupe mais un autre comportement aurait été litigieux vu leur univers musical et leur réputation de mecs pas franchement funs mais bon quand même, ils font leur job et ne communique quasiment pas ou à peine pour des « thank you » de rigueur, mouai…
Après huit morceaux qu’à deux, les têtes pensantes invitent à rejoindre sur scène d’autres membres pour les accompagner sur leurs nouveaux morceaux tirés de Brothers. Les musiciens ne seront pas présentés mais ils assurent le boulot en commençant par un Next Girl beaucoup plus sale, moins carré et plus rapide que la version studio. Howlin’ For You ou Tighten Up perdent directement cette touche Modest Mouse et prennent en agressivité, s’assombrisse et sont livrées brutes. Il y a un vrai show lumière, une boule à facette rayonnant sur l’intégralité de la salle. Après un bref retour à deux, The Black Keys sans un sourire, sans une émotion termine le set sur un Strange Times fabuleux et I Got Mine crescendo en adrénaline jusqu’à ce que l’arrière décor tombe pour laisser apparaitre le nom du groupe en loupiotes brillantes pour une fin délirante à couper le souffle. Petit rappel du meilleur goût avec Sinister Kid dans une version assez originale et complètement revisitée, The Black Keys se donnent musicalement mais rien ne doit transparaitre. Le spectacle se conclut sur Your Touch.

Un concert bluffant, incisif et rentre dedans. A certains moments, le son était vraiment trop fort à tel point que la voix saturait et les instruments se noyaient dans un boulgiboulga saturé inaudible, il n’empêche que le blues-rock garage de The Black Keys envoi du lourd et des riffs d’une efficacité rare ont eu le pouvoir d’électriser le public le temps de dix-huits morceaux à toute vitesse. Pour les haineux du son trop policé du dernier album, le live éradique ce problème dès le premier coup baguette ou de pouce de Patrick ou Dan. Un très bon concert, des tas de chansons ayant un potentiel single démentiel, The Black Keys est le duo à voir en concert pour ceux en mal de sensations rock. The White Stripes n’existe plus mais il est encore possible de se consoler avec un blues rock plus roots, plus en testostérone et plus rudes, c’est alternative : The Black Keys.

 

*Crédit photo : Stephane Feugere

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Syd Matters @ le Bataclan

Ça peut paraitre étrange mais je ne suis pas très branché musique depuis quelques temps. Je continue d’écouter les nouveautés mais je suis pas autant excité qu’habituellement… la fatigue, le manque de temps, le changement de rythme n’aidant pas forcément, je suis moins au taquet mais toujours connecté. Un peu à l’ouest donc le canard, à tel point que j’étais à deux doigts de rater le concert de Syd Matters au Bataclan, réservé il y a des mois et des mois. Fort heureusement, la veille à minuit, je me suis rendu compte de mon oubli et ai donc démembré mon emploi du temps du lendemain pour me rendre à cette sortie. Je n’avais bien sûr pas retiré la place, ça aurait pu m’aider, une journée de dingue m’attendait au boulot, bref le scénario cauchemar d’une omission qui tourne mal.
Petit tour de passe-passe et gros coups de speed au programme, détour dernière minute à la Fnac et Syd Matters me voilà.
J’ai découvert Syd Matters lors de la sortie de leur second album. Bien que première révélation du concours CQFD des inrocks, le groupe n’était qu’un nom de groupe à la mode mais pas plus. Une attachée de presse sous-traitant pour V2 m’avait invité a un showcase à la Fnac des halles. Mini concert horrible, une balance mauvaise, un groupe sans aucune dimension sur scène, des gars qui tirent la gueule… bref pas le coup de foudre, bien au contraire. Le même soir, la même fille m’invite à une petite sauterie. Soirée dans un appartement haussmannien spacieux, discussions banales avec des inconnus dans la cuisine dont certains membres de Syd Matters. Entre deux bières et des petits canapés, le guitariste, je crois, devant moi et conscient du fait qu’elle était accompagnée, drague la cannette avec qui je sortais. C’est toujours agréable, j’ai eu par, conséquent, du mal à m’encadrer le type avec cette impression qu’il appartenait à une bande de mecs pas super sympas… pas du tout mais du tout le coup de cœur pour le groupe !
Les années passent, le temps change. En 2008, je me rends au printemps de bourges pour filmer le festival pour un média. Pour des obligations professionnelles, je me retrouve au 22 à l’avance pour poser le matériel, brancher le son et avoir de la place à l’endroit imposé pour le plan d’ensemble de la scène sans avoir quinze caméras collées à moi. Présent pour filmer les Hushpuppies dans la salle Est, puis Adam Green dans le ouest, je reste à proximité du matériel et doit me farcir les groupes précédents. Première partie assurée par Syd Matters, je sais que je ne vais pas aimer ce moment et pourtant… une claque magistrale ! J’ai fondu littéralement pour leurs mélodies, la voix du chanteur, l’ambiance radioheadienne de leurs chansons, ce mélange subtil entre électro et folk et ce mood intimiste mit en place sur scène. Coup de cœur pour le groupe, comme quoi il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Une fois sur Paris, j’achète Ghost Days et écoute l’album en boucle pendant des mois. Par le groupe, des recherches autour, je découvre H-Burns, leur habituelle première partie et quelques autres groupes qui les entourent, à chaque fois que du bon.

Depuis début 2010, je scrute, je cherche, je veille à la sortie du nouvel album à en acheter le EP avant l’été pour avoir une B.O. pour mon été. Brotherocean sort le 30 aout, un opus toujours aussi touchant, à la précision harmonique d’orfèvre, aux chansons parfois plus légères, plus aériennes (antinomique pour un album autour de l’eau) mais toujours aussi encré dans une ambiance confinée. Je l’écoute beaucoup et avant même sa sortie, j’avais acheté deux places pour le Bataclan.

La première partie est assurée par Alice Lewis, une chanteuse excentrique à la pop-electro très agréable. Canard Rose l’a comparée comme « Emilie Simon qui chanterait juste« . Bien vu, elle est entre Emilie Simon et Sarah Slean pour moi, on est bien d’accord ceci n’engage que moi. Univers très imagé, Alice Lewis est une femme orchestre très sympathique, très gauche, parlant dans un franglish très amusant et dans l’air du temps. Des chansons très courtes, une multitude d’instruments différents pour orchestrer le tout. Un univers personnel entre fantaisie pop et friperie sonore vintage, une artiste qui mérite que l’on s’intéresse à elle et qui, par son live, donne envie d’écouter No One Knows We’re Here, son premier album paru chez Naïve. Une artiste qui plaira aux fans de Goldfrapp, Au revoir Simone et autres divas de l’electro-pop. Une découverte plaisante pour un concert qui commence bien.
La salle est assez calme, posée, les fauteuils sont pleins, personne n’est excité, il n’y a pas de bousculade dans la fausse, tout va bien, le concert peut commencer.
Lumière tamisée, quelques notes de City Talks et nous voilà accueillit comme il se doit chez Syd Matters. La voix de Jonathan Morali est comme sur album : mélodieuse et présente. La balance est calibrée, tous les instruments ont une fonction précise, les sonorités se chevauchent pour mieux former un tout uniforme et énivrant. Direction les limbes océaniques pour rejoindre les marins perdus et autres fantômes du passé avec  Wolfmother, le single « ta-tata-tatata » Hi Life ou encore Halalcsillag. La marée basse permet à d’anciens titres de reprendre vie quelque instants comme My lover’s on the pier ou l’incroyable Me & My Horses, une véritable corde tendue, une tension d’un bout à l’autre, magistrale ! En rappel, le groupe nous offrira une reprise de Space Oddity de David Bowie très réussie alors que l’exercice Bowie est dieu sait très casse gueule. Certains moments sont intenses, d’autres très doux, on navigue à vue, on surf d’un sentiment à l’autre, on est branlé par le roulis et le tangage mais on espère que la traversée ne s’arrêtera pas. Après To All of You, Syd Matters quitte le navire et repart dans le fond des mers après nous avoir ramené au port de départ.

Un voyage  gracieux et enivrant, un monde, un trésor, un secret qui prend vie par le live, Syd Matters confirme ce sentiment d’un moment hypnotique où la musique fait chavirer, prendre le large et emporte avec elle pour ne pas jamais complètement rendre à la terre, garder en soi un quelque chose de différent, d’onirique mais fragile.
Un très beau et bon moment. J’ai passé une partie du concert avec les yeux fermés (chose que je ne fais jamais) pour m’imprégner encore plus de ces nappes étourdissantes et magiques. Un moment, un voyage, un concert, des souvenirs…

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