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Un Roman Français – Frederic Beigbeder

Parfois on aime bien un auteur pour des raisons obscures, on s’attache à son œuvre et on s’identifie en certains points à ses personnages névrosés tentant de vivre le présent avec une hyper-présence et une ultra-sensibilité. J’ai lu Beigbeder pour la première fois lorsque l’on m’a prêté 99Francs. A cette époque, j’étais dans une période de pause littéraire, je ne lisai plus ou quasiment plus. Une révélation, un bouquin génial sur le capitalisme, sur le consumérisme, le mécanisme pubeux, les dérives de ce système à un personnage, Octave Parango, essayant de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Une écriture punch-line, des phrases slogans même sur l’amour, du name-dropping intelligent et supra référencé, un zeitgeist monumental et pour une fois français. Ce livre (et Fight club de Palahniuk) m’a donné envie de reprendre la lecture, de chercher une alternative à tout le classicisme dévoré avant et de démarrer une nouvelle boulimie mais cette fois contemporaine. Je me suis renseigné sur les influences de Beigbeder et j’ai commencé à lire Bret Easton Ellis et autre Hunter S.Thompson.

J’ai lu aussi les premiers romans de Frédéric Beigbeder, les suivants et mis à part O Secours Pardon, je n’ai jamais été déçu. Il est typiquement le genre de « people » qui m’énerve, le noceur dandy assez fatiguant, ses frasques sont futiles, ses actions parfois trop voyantes, trop médiatiques et son imitation française de McInerney peut parfois passablement me gonfler mais dès qu’il écrit, je remets les compteurs à zéro. Je crois que Beigbeder est un auteur que j’aime énormément car c’est un passionné, un vrai et un homme de son temps qui vit dans le fantasme permanent d’une vie ne dormant jamais et en mouvement perpétuel. Après son côté bobo, intello, drogué parisien névropathe ne me dérange pas par rapport à beaucoup qui le critique sévèrement là-dessus, tous les auteurs américains que je lis sont des shootés notoires donc je n’ai aucun problème avec ça. (Si vous n’aimez pas les artistes drogués autant oublier une grande partie des poètes étudiés à l’école et autant oublier l’art…). C’est un passionné de littérature, de philosophie, de cinéma, de musique, un journaliste souvent pertinent dans GQ, un accro à l’histoire, au mystère comme on peut le voir dans son documentaire pour Jimmy où il part à la recherche de J.D.Salinger, l’auteur de l’attrape cœur. Voilà donc j’aime Beigbeder et son coté défoncé ou bourré ne me fait pas rire mais je juge l’auteur, pas l’homme médiatique.

Après un voyage et une vague rafraichissante au japon avec les Années douces (article ici), retour en France avec un Roman Français de Frederic Beigbeder. On ne peut qualifier ce livre de roman à proprement parlé mais d’une autobiographie, d’un travail sur une mémoire ayant caché la période de l’enfance, écrite par un romancier. Pour la première fois, il se met à nu, il est lui-même, Frédéric, pas un avatar, pas un  membre de la famille Bateman expatrié en France (Personnages dans American Psycho, Les Lois de l’attraction ou Glamorama), pas une version amélioré de l’image qu’il a de lui-même… simplement lui. La majorité de ses romans précédents pouvaient un peu se résumer par : « confidence pour confidence c’est moi que j’aime à travers vous« . Que se soit Marc, Octave ou n’importe quel autre personnage ils sont tous des jouisseurs, des mégalo, des mecs qui pensent aimé alors qu’ils ne font qu’aimer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, le syndrome Jean Schultheis a encore frappé. Cette fois Fréderic se raconte. Tout part d’une soirée décadente où il décide de taper un rail de coke sur le toit d’une voiture en pleine rue, avec un poète qu’il a édité à ses débuts. Pendant ce délire, tiré de Lunar Park de B.E.Ellis où BEE raconte avoir tapé un rail avec Jay McInerney sur un capot de caisse, Beigbeder a le manque de bol d’avoir une patrouille en faction qui passe à ce moment-là. Arrestation, photos anthropométriques, garde à vue longue et pénible. Durant cette nuit au cachot, il relativise sur ces mauvais penchants, sur ce qu’il est, à l’image qu’il donne à sa fille et surtout à comment il en est arrivé là. Retour vers le futur dans une salle de dégrisement et souvenirs en pagaille au programme. L’histoire de sa famille est bordélique et on se perd dans les noms et les ramification (comme dit dans la préface signé Houellebecq) puis cette nuit en cage prend en teneur et les souvenirs deviennent plus fort et on traverse une vie d’un gamin ultra protégé dans un milieu très très favorisé et bourgeois qui va devenir un écrivain à succès et l’immanquable des soirées branchées parisiennes (j’ai croisé Beigbeder une fois dans une soirée Rock Vs. 80s’ où il était totalement déchiré et discutait avec n’importe qui). On pourrait croire qu’il va nous faire fredonner du Claude François avec Pauvre petite fille riche mais pas du tout, il y va franchement, parle de son frère Charles, grand chef d’entreprise et futur concurrent de SNCF, de sa famille, ses souvenirs et ses premières amours. Ca sent le vrai, le vécu et l’envie de se repentir. Son passé, ses fêlures, ses déceptions, ses secrets de famille rappellent forcément aussi à réfléchir à son passé et au vécu que l’on a eu aussi. Toujours aussi punch line dans son style, il ne tombe pas dans le pathos ni dans le déballage people dérangeant. Il donne vraiment cette impression de se découvrir, de se souvenir au fur et à mesure de mieux se comprendre et les raisons de cette fuite en avant.

Jamais dans le reproche, uniquement dans le constat et l’analyse, un roman français est une machine à remonter dans le temps bien huilée et génératrice d’une réflexion intéressante sur le passé, son évolution, le pourquoi du comment de qui on est devenu, une invitation non pas au voyage mais à une introspection intéressante.

Il y a des moments où son côté showbiz ressort, où ses réflexions sont énervantes car trop « 100% VIP » comme dirait Katerine mais il sait faire oublier ce mauvais penchant avec un livre sans concession et passionnant. Comme quoi la famille des autres peut parfois ressembler à la sienne même quand on ne vient pas du même milieu. Un beau livre avec une sensibilité à fleur de page.

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Mes livres cultes, mon chevet littéraire.

C’est pas la première fois que j’y pense. Pas la première fois que j’y réfléchis. Je l’ai commencé une fois mais je l’ai arrêté parce-que je n’y arrive pas. Pourtant… Qu’est-ce que c’est à part faire du name dropping, mettre simplement en liste et  appuyer sur le bouton « Publier » ?
Faire un article sur mes livres préférés m’est quelque chose de difficile. J’ai un attachement tellement particulier à certains bouquins pour des raisons aussi diverses que le moment où ils étaient dans mes mains. J’aime bien savoir pourquoi les lecteurs d’un livre ont choisi ce livre en particulier, à partir de quoi, comment, où et surtout quand est-ce qu’ils l’ont lu.
Les romans sont, pour moi, des voyages mnémoniques. Je me souviens de ma situation personnelle, là et quand je les ai lus et en gros l’état psychologique dans lequel j’étais. J’ai du mal à faire cette liste car elle doit révéler, dans mon esprit, une grosse partie intime quand je ne veux pas dévoiler publiquement alors que ce n’est qu’une simple liste.
Bon, sans rien dire, je vais faire une énumération et rien de plus.  Je ferai peut être, avec le temps, des fiches pour certains d’entre-eux mais ça, le futur nous le dira.

J.D. Salinger
L’attrape-cœur
Hubert Selby Jr.
Le démon
Jonathan Safran Foer
Extremement fort et incroyablement près
Haruki Murakami
Kafka sur le rivage
Haruki Murakami
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil
Ryu Murakami
Les bébés de la consigne automatique
Chuck Palahniuk
Choke
Hunter S. Thompson
Las Vegas parano
Milan Kundera
L’Insoutenable légèreté de l’être
Douglas Coupland
Génération X
John Fante
L’orgie
Bret Easton Ellis
Les lois de l’attraction
Jay McInerney
Glamour attitude
Jay McInerney
La belle vie
Mathias Malzieu
Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi
Frédéric Beigbeder
99 Francs
Michel Houellebecq
Les particules élémentaires
Boris Vian
L’écume des jours
Albert Camus
L’étranger
Roald Dahl
Charlie et la chocolaterie
Nicolas Rey
Un début prometteur

Si vous avez des questions sur ces différents livres ou des observations, n’hésitez pas à laisser un commentaire. 🙂

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