La Mort de Bunny Munro de Nick Cave


J’ai lu plusieurs livres depuis le dernier article dans la section « Bouquins, Canards & autres mots sur papier« . Je n’ai rien écrit dessus mais vais essayer de rattraper ce retard, c’est sans promesse aucune. J’ai eu un petit moment de flottement où j’ai été incapable de lire des romans, et puis, un détour à la Fnac plus tard, c’était reparti. Le dernier que j’ai terminé est La mort de Bunny Munro de Nick Cave.
Comme pratiquement tout le monde le sait, Nick Cave est un des songwritters les plus talentueux et les plus sombres de sa génération. L’australien s’est rendu célèbre en 1996 suite à la sortie de son album concept Murder Ballads où il chante en duo majoritairement avec des femmes (PJ Harvey, Katharine Blake…) des ballades autour du crime passionnel. Un single sort du lot : Where the Wild Roses Grow. En compagnie de sa compatriote Kylie Minogue, ils signent une des chansons les plus belles et les plus émouvantes de l’album. Le reste de sa longue  et prestigieuse discographie est précieuse, raffinée, racée, travaillée, intelligente et surtout habitée par une noirceur particulière que seul lui sait faire vivre à travers son art.
On connait donc Nick Cave comme musicien mais moins entant qu’écrivain. Artiste prothéiforme, il est l’auteur de recueils de paroles et d’un premier roman, il sera aussi le réalisateur, du moins si rumeur se confirme, du reboot cinématographique de la franchise The Crow.
Son roman La mort de Bunny Munro est sorti chez Broché en janvier 2010 et à cette occasion, l’éditeur avait lancé un concours photo auquel j’ai beaucoup cogité mais auquel je n’ai finalement pas participé faute de temps et de courage aussi. A cette occasion, il était possible de lire les deux premiers chapitres afin de s’imprégner de l’univers. En quelques pages, j’avais accroché direct à tel point que j’étais à deux doigts de l’acheté dans une version non-poche… sacrilège pour moi.
L’histoire se déroule dans le sud de l’Angleterre dans une région semi-réelle proche de l’univers décalé de l’English Riviera de Metronomy. Bunny Munro est VRP dans les produits cosmétique, Bunny vend de la beauté à des femmes, Bunny est un faiseur de rêves en crème hydratante, Bunny est alcoolique, drogué, Bunny a un père en phase terminal de cancer qu’il ignore, Bunny pense qu’il est irrésistible, Bunny a un entourage qui lui ressemble et surtout Bunny est érotomane.
Un soir en déplacement dans le pays, sa femme Libby au téléphone est encore en dépression. Elle ne va pas bien comme à son habitude. Elle est terrorisée par les infos télé relayant en boucle les images vidéo-surveillances d’un homme habillé de cornes de diable en plastique et d’une fourche. L’homme terrorise la population, il attaque les foules dans des centres commerciaux du pays. Elle a peur, elle a besoin de Bunny le soir-même sinon sans quoi, elle pourrait faire une connerie même avec Bunny Jr. dans la chambre d’à côté. Bunny fait la sourde oreille et ne rentre que le lendemain. En rentrant, il retrouve son appartement et tout particulièrement ses vêtements, saccagés et son fils de neuf ans seul au milieu de cet apocalypse minable.  La porte de la chambre parentale est fermée. Sa femme est à l’intérieure, pendue de tout son long, habillée simplement de la nuisette transparente orange qu’elle portait pour leur lune de miel. Après l’enterrement, Bunny ne sait plus quoi faire. Il est rejeté par les amis et la famille de sa femme. Seul avec son fils, ils sont seuls enfin pas tout à fait, il croit être visité par le fantôme de sa femme, un spectre désirant une revanche. Effrayé par ses visions, il décide de reprendre le travail très vite et de se barrer sur la route en compagnie de Bunny Jr. Il espère retrouver de sa lucidité mais continue de vivre une bouteille de whisky à la main et une cigarette entre les dents constamment. Bunny part dans une odyssée homérique hallucinogène au pays des merveilles, une contrée poisseuse et gluante comme la mèche attrape-cœur sur son front, qui n’est traversée que par une autoroute à sens unique en direction d’une mort annoncée dans le titre du livre. Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenu.

Sombre, dégueulasse, glauque, colle à la peau, ce roman de Nick Cave vous emmenèra dans les méandres les plus funèbres de la déchéance humaine. Pervers, abject, à côté de la plaque, dépravé, sans avenir, Bunny Munro est un personnage décrit sous toutes ces facettes avec une précision chirurgicale et une tentative zéro de sympathie pour l’anti-héro qu’il est. Certains romans font tout pour que le lecteur se sente à l’aise et confortable, ici c’est l’exact opposé. Même Bunny Jr., un enfant pourtant venant de perdre sa mère, n’est qu’un chainon vers cette descente aux enfers. Son côté autiste apprenant la vie à travers son père mais surtout une encyclopédie universel offerte par sa mère n’a rien de mignon, rien d’attachant, il n’est qu’une version enfantine de son père, un gamin voué à la même vie et aux mêmes erreurs que son paternel… destinée manifeste.

Un roman hypnotique et dérangeant, son univers déglinguée et précis peut rappeler les limbes THC d’Hubert Selby Jr. ou d’Arthur Miller. Des lubies sexuelles tendancieuses, des fantasmes sur des pop-stars libidineuses comme Avril Lavigne et son khol ou le mini-short doré lamé de Kylie Minogue, Bunny est tout ce qu’il y a de plus refoulé et moche dans chaque homme. Un second roman très intéressant, extrêmement bien écrit et très original. Je pense vite me procurer Et l’âne vit l’ange, son premier roman, assez rapidement. Un conseil littéraire pour l’automne ou l’hiver à venir, le genre de livre qu’il faut lire quand il pleut, qu’il fait froid et que les espoirs de vacances sont loin, dans une vie train-train un peu reloue. Un roman « émouvant et familial » comme dirait une fan de Nick Cave & The Bad Seeds que je connais très bien.

Le livre est disponible en poche aux éditions Le Cercle Points partout au prix d’environ 7 €. Comme ici ou ici.

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7 Commentaires

Classé dans Bouquins, Canards & autres mots sur papier

7 réponses à “La Mort de Bunny Munro de Nick Cave

  1. Il est 7h du matin et je suis contente de ne plus arriver à dormir : j’ai appris 2 choses, que Nick Cave écrit des bouquins (cela dit je ne suis pas sûre de le lire en ce moment) et qu’il est né le même jour que moi ! merci je me coucherai moins idiote ce soir ! Allez, je vais aller l’écouter tiens….

    • Tu as appris sa date d’anniversaire non pas par mon blog mais par wiki non ? Après pour le fait qu’il soit écrivain, je suis content que tu l’apprennes par le meilleur blog canard. 🙂
      Il est bien bien bien mieux que la brocante Nakano où l’action principale était le vieux qui ouvrait une porte limite… là ca bouge vraiment. 🙂
      Je note 22 septembre donc.
      Cordialement

  2. Lili

    Marrant, j’ai acheté ce bouquin il y a 10 jours… Pas encore eu le temps de m’y plonger…mais, je vais le faire dès ce soir grâce à votre chronique! Le Best-of de Nick Cave vient de sortir, son duo avec Kylie est une pure merveille que j’écoutais en boucle à l’époque …et aujourd’hui aussi… On verra si cela s’accorde avec ses écrits…Merci Dicky,
    à bientôt
    Lili qui a disparu

    • Ca fait plaisir que tu reviennes ici, en même temps tu n’as rien raté donc c’est pas très grave. Voilà pourquoi j’écris sur ce blog, j’ai des lecteurs qui aiment les belles et bonnes choses. Tu me diras ton avis pour le coup, j’ai l’impression que c’est un roman très apprécié des hommes mais répulsif pour les femmes donc on verra bien. En tout cas, fais comme chez toi comme d’habitude. 🙂
      Cordialement

  3. Lili

    Comme John Fante ou Bukowski? … Je vais aimer alors !

  4. Pingback: Un illustrateur canadien qui vaut le détour | La 3°Patte

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