Cold War Kids – Mine is Yours

Il y a environ quatre ans débarquait de Long Beach, en Californie, un  groupe d’indie-rock rugueux et désarticulé : Cold War Kids. Pour bien marquer leur arrivée, il sortait Robbers & Cowards, premier album novateur et hors-norme à un moment où la scène rock américaine était atteinte d’une grave affection congénitale suite à de trop nombreux pompages musicaux consanguins les un sur les autres. A cette époque, la production se devait d’être lisse et velouté comme un yop framboise prédigéré, Cold War Kids n’avait pas la même vision et  proposait un pied de nez magistral à cette mode en amenant un contre-pied aux structures épurées et branlantes comme un Kapla monté par un alcoolique en manque. La mauvaise vie, la folie, le regret, voilà les thèmes fondateurs du groupe et des tubes en puissance comme Hang Me Up To DryHospital Bed ou  l’iconoclaste We Used To Vacation. Cet univers et ses spécificités complexes donnent un statut et une reconnaissance instantanée à ce groupe prometteur. Sombre, électrique et incisif comme une piqure de rappel mal plantée, les californiens se font connaître par la teneur nerveuse et hypnotique de leurs concerts. Porté par le charisme et la voix unique de Nathan Willett, le groupe déstructure encore plus leurs morceaux et s’échange des coups de pieds dans les tibias tout en jouant pour faire monter la pression et l’énergie vive des spectateurs.
Retour sans fanfare ni excitation lors de la sortie de Loyalty to Loyalty deux ans plus tard. Cold War Kids garde cette patte particulière, cette tension mais l’amplitude bluesy  et les envolées lyriques sur le fil  de Willett ne charment plus, le goût de la nouveauté étant passé. Un sentiment d’urgence ressort de cet album tout en profondeur et en spontanéité mais l’anarchie volontaire dans les mélodies, la production brute de décoffrage et les rythmiques syncopées intéressent moins et semble n’être qu’une redite du précédent, un jugement difficile à encaisser pour un second album.

Le groupe prend du recul et sort un EP furtif Behave Yourself, l’été dernier, dessinant déjà la tournure plus pop que semble prendre gentiment le groupe. La production reste toujours aussi épurée mais les instruments sont moins étouffés, la voix moins mise en avant et les mélodies sont intelligibles et chantantes. Cette formule va être la pierre angulaire de Mine Is Yours, troisième et nouvelle parution de Cold War Kids.
Virage à coup de frein à main, tous les puristes intransigeants descendent, tant pis ça laissera de la place pour tout le monde.  La démarche est sincère et ça se sent car, bien que plus accessible, la composition musicale garde ce mystère continuel, cette appréhension à se demander ce qui va se passer, où va ce morceau aller et comment va-t-il terminer sans pour être autant tarabiscoté et impassable en radio. Une attraction, une force aimantée se mouvant au fil des rythmes et des pulsions organiques transportent  tout au long de cet album. Cette transe amène une couleur nouvelle à une pop à la mode, reine de stades géants.
La présence à la production de Jacquire King provoque stupeur et tremblement chez les fans de la première heure après qu’il ait rendu le dernier album de King Of Leon plus grand public. Inquiets de le voir métamorphosé les Cold War Kids en un monstre mainstream, King, malgré ses efforts et sa production plus ronde, n’aura pas raison du groupe qui garde sa personnalité forte et son ambiance.  Exercice difficile, Mine is Yours est touche à tout mais ne tombe jamais dans le facile ni le mauvais goût ultime. Alors que certaines chansons comme Finally Begins ou Skip The Charades flirte avec le catchy ou le grandiloquent par le coté ballade rock,  d’autres, comme Royal Blue, Sensitive Kid ou Cold Toes On Cold Floor, sont plus proche du génie et d’une montée en puissance galvanisante et éclatante.  Quel que soit le style visité, CWK, pour les intimes, sait garder cette profondeur proche du blues et de la soul.

A l’image de la pochette d’album, blanche et gribouillée par des couleurs vives, Cold War Kids a quitté cet univers  salit sombre ou noir et blanc pour une nouvelle ère. Une musique plus simple d’apparence, des titres s’enchainant avec une cohérence subtile et surtout la voix envoutante de Nathan Willett emmenant là où il en a envie, voilà le programme de ce troisième opus très agréable. Mine is Yours est surement plus proche d’une plage ensoleillée bordant le pacifique que du bitume amer des rues sombres d’Hollywood boulevard.  Une mise en appétit délicieuse pour commencer 2011 musicalement du bon pied. Les fans de la première heure anti-évolution musicale devront passer leur chemin alors que les autres se délecteront à l’écoute de cet opus résolument pop mais avec un supplément d’âme non négligeable.

Cold War Kids
Louder than Ever

Le clip a été réalisé par Vern Moen, clipeur indie vintage à qui l’on doit le superbe I Cut like a Buffalo de The Dead Weathers ou de nombreuses vidéos des Cold War Kids comme le très beau Audience of One ou I’ve Seen Enough. La vidéo a été filmé dans un entrepôt de Los Angeles.

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