L’homme qui voulait être heureux – Laurent Gournelle

Depuis quelques temps, vous l’aurez peut-être comprit, je passe pas mal de temps dans des hôpitaux pour quelqu’un d’autre que moi. Entre deux émissions de télés majoritairement sur France 3, des visites dans des heures spécifiques et autres entrées inopinées d’infirmières et internes, j’avais du temps à tuer et résultat j’ai lu un livre offert, traînant sur la tablette en plastique, que je n’aurais pas lu de moi-même et pour cause… Un livre vendu au rayon bien être, en tête de gondole, une pochette avec des feuillages, un truc pseudo philosophique et un titre trop vendeur : l’homme qui voulait vivre sa vie. Ce roman signé par Laurent Gournelle se résume par son titre. Pourquoi perdre son temps pendant deux cents pages et quelques alors que la quatrième de couverture raconte la forme et le fond ?
Un homme en milieu de vie est en voyage à Bali et décide comme ça, alors qu’il n’y croit pas trop, d’aller voir un yogi à la grande réputation. Le maître est disponible à la minute alors qu’il est la rock-star des sauveurs balinais et dès les premières minutes, le maître comprend son mal : il est en bonne santé mais il n’est pas heureux. Delà, une conversation entre deux hommes sur le développement personnel, sur la poursuite du bonheur et son accomplissement uniquement si on applique la maxime « quand on veut on peut ». Un voyage initiatique débile aux mises à l’épreuve, en guise d’exemple, totalement ridicules. J’aime les conversations romanesques car elles ont une improbabilité exquise, trop bien écrite pour qu’elles soient vraies mais agréables mais là, leurs conversations sont celles d’un petit prince occidental pessimiste qui demande au grand sage oriental de lui dessiner un mouton à chaque fois qu’il lui explique quelque chose. Alors oui, le livre donne envie de se ressourcer à Bali, de se perdre dans ses montagnes et villages mais l’illustration du « quand on veut on peut » est grotesque et répétitive. Ce qui m’a dérangé derrière tout ça, c’est l’idée implicite que le « bonheur » est la quête obligatoire et inconsciente d’une vie. Etre heureux est un ordre de vie tacite car sans lui, la vie devient sombre et un enchaînement d’événements que l’on ne veut pas. Je suis allé au bout car je voulais savoir à quel point Laurent Gournelle allait me prendre pour un débile à qui il explique une philosophie de vie simple comme bonjour. Son explication et son argumentation est aussi convaincante que celle d’un prêcheur américain faisant des conférences pour transformer les vies de ses spectateurs par son discours… nous voilà tous réunit mes frères, levez vous et criez « quand on veut, on peut ! », tous ensemble. Je n’y ai pas cru un seul instant et à part me donner à manger la même soupe pendant tout le même livre, l’histoire ne m’a rien apporté même pas un peu de réconfort.

Quand on veut on peut ? La prochaine fois, j’aimerais beaucoup que Laurent Gournelle écrive un livre intelligent, j’y crois oh oui ! j’y crois… bien que… non, je m’enfiche. Je retourne à Moi, tout craché de Jay McInerney et ses nouvelles qui ne me déçoivent pas… peut être parce que je m’étais auto-persuadé qu’elles seraient à mon goût… quand on veut on peut… non, ça vient seulement de la qualité d’écriture et d’analyse de l’auteur je pense…

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5 Commentaires

Classé dans Bouquins, Canards & autres mots sur papier

5 réponses à “L’homme qui voulait être heureux – Laurent Gournelle

  1. moi j’adore les titres des livres de développement personnel : « Le pouvoir du moment présent », »transformez votre vie », « soyez heureux »… si seulement il suffisait d’un bouqin pour savoir ce qu’est le bonheur alors que c’est tellement personnel!

  2. asphodele

    My god ! J’ai pas mal fréquenté les hôpitaux depuis deux ans et donc pas mal d’excursions, perf’ au bras au Relais H du coin. Déjà, viscéralement, je fuis ce qui est « cense-te-faire-recharger-tes-chakras »
    .
    Mais avec a peu près le même titre, j’ai fait la connaissance de Douglas Kennedy et entre deux doses de morphine, j’ai devore »l’homme qui voulait vivre sa vie » et « La poursuite du bonheur », rien a voir avec Gournelle mais deux fresques très différentes, magistrales dans le fond et la forme pour un écrivain américain qui ne vit qu’en Europe et qui vaut largement les Bret Easton Ellis ou McInerney (que j’aime aussi). Mais lui est un peu snobe par « l’intelligentsia », en général, il ne fait pas de vagues et si tu as aime Easter Parade, Fenêtre panoramique de Yates, tu retrouveras des resonnances chez D.K.
    Ca a le mérite de se lire vite, de te faire oublier le monde extérieur, bref ca rend accro. Même les plus revêche !
    Je te conseille de commencer par Cul-de-sac (retraduit en Piège nuptial), et le tout chez Pocket.
    Il y a des musiques d’ascenseur, des lectures d’hôpital, en l’occurrence, tu laisses la musique mais tu emportes le livre ou le livre t’emporte.
    Ou pas. Amicalement et courage !

  3. Pingback: L’homme qui voulait être heureux – Laurent Gournelle (via La 3°Patte) | culturaljournalism

  4. azertypyang

    Pour faire contre-poids au premier commentaire plus que critique sur l’intention et la forme, moi, j’ai trouvé ce livre superbe, rafraichissant a lire, sans théorie fumeuse ou vocabulaire psycho-rigide. Je conseillerais ce livre a tout le monde !
    Pourquoi me direz vous ???
    Parce qu’il est facile d’accès, qu’il prolonge les réflexions de tout un chacun sur ses difficultés , ses doutes ou ses choix.
    Évidement, vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’un roman à histoire ou d’aventure comme le laisse supposer le premier commentaire. Encore moins d’un prêche.
    Alors quittez votre vie et envolez vous pour Bali !

    • Je comprends ta critique et je la respecte, j’ai eu envie de partir à Bali aussi mais l’histoire et la façon dont est tourné la chose m’a profondément agacé… après je ne m’attendais pas non plus à de la grande littérature mais j’espère une ombre de perception de réflexion ou d’un point de vue novateur.
      Merci de votre visite et votre critique est la bienvenue ici en tout cas.
      Cordialement

      Dicky le Canard

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