La Carte et le Territoire – Michel Houellebecq

Je vis une période un peu étrange en ce moment. Je dors mal, je dors peu et le ciel gris enneigé ne me déplait pas outre mesure. J’ai terminé Hotel de Lausanne de Thierry Dancourt, déçu, je voulais repartir sur du neuf et du bien. Après différentes conversations autour de moi, on m’a prêté La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq. Coup de coeur médiatique surprise et incontestable de la rentrée littéraire de l’année, j’ai commencé à le lire deux heures après qu’il ait le prix Goncourt 2010 et l’ai terminé dans la journée où sa parution piratée sur le net a été reliée par les grands médias nationaux. Un livre entre deux scandales sans intérêts où à défaut d’avoir donné la critique du roman à des snippers professionels anti-houellebecq de la première heure, les rédactions l’ont refilé à des admirateurs ou simplement de bons journalistes neutres. Le fond n’a pas été attaqué alors on a attaqué la forme et ses alentours. Des accusations de plagiat d’articles de wikipédia sur des mouches, des inspirations d’auteurs classiques…. Pourquoi ne pas attaquer le fond et que des détails ? Peut-être parce que Houellebecq ne peut être attaqué sur ce qui d’habitude représente la cible préférée de ses détracteurs : le trash sexe.
La carte et le territoire est un roman sobre, voir même chirurgical.
L’histoire est celle de Jed Martin est artiste parisien débutant son oeuvre par des séries de clichés d’objets manufacturés de toute nature sous un angle aspetisé et industriel. Son art devient un travail alimentaire pour des catalogues commerciaux. Pour des raisons familiales, Jed part avec son père dans la maison de ses grands-parents et lors d’une pause sur l’autoroute, Jed découvre la beauté des cartes michelin. Cette découverte va devenir le nouvel objet de son attention et de son oeuvre. Par différentes rencontres et de fil en aiguille, Jed expose dans une petite gallerie parisienne à la mode. Le hasard faisant bien les choses, une responsable mécénat de Michelin est présente et propose de s’occuper de lui. Michelin met les moyens et organise une grande expo qui a instanément un grand succès critique. Les oeuvres se vendent comme des petits pains. Jed décide d’arrêter avec cette période et revient à la peinture pour une série de portraits. Pour la future exposition attendue, le gallerieste conseille à Jed d’avoir une célébrité pour rédiger la préface de son catalogue. Michel Houellebecq est un choix naturel mais pour cela, il faut d’abbord lui demander. De là commence un thriller sous analgésique et une vision d’une societé moderne en pleine mutation.
Je dois avouer que j’ai passé un moment incroyable pendant sa lecture. Je n’ai lu que Les Particules Elementaires de Houellebecq, je ne suis pas un spécialiste mais son style, la précision de son écriture, les détails et l’ambiance m’a embarqué très rapidement. La réflexion sur l’art, sur la monétisation d’une œuvre, sur la réflexion artistique, sur ce qui est art et ce qui ne l’est pas… le fond est véritablement intéressant et d’une simplicité de lecture incroyable pour un sujet qui, à la base, ne l’est pas. Sa vision du future de notre civilisation est brillante et brute de réalité.
J’ai trouvé aussi assez déroutant et intéressant de voir un auteur se mettre en scène  comme si il parlait d’un inconnu. Il utilise les apprioris et idées reçues que l’on peut avoir sur lui tout en y mettant assez de distance pour avoir l’impression qu’il ne connaît pas cette personne. Jed Martin et son coté autiste artiste est très bien décrit, le froid de ses sentiments est typique de beaucoup d’artistes réels.
Les deux première parties m’ont beaucoup plu ainsi que l »épilogue mais la troisième partie est trop fouillis et on ne sait vraiment pas où on va.
Je ne suis pas un lecteur de prix Goncourt, je me moque de savoir si il le mérite ou non  mais tout ce que je sais, c’est que ce roman mérite d’être lu.  Lu pour son intelligence, pour son style unique, lu pour un artiste proposant une analyse du monde présent et à venir remarquable, lu tout simplement.

Publicités

7 Commentaires

Classé dans Bouquins, Canards & autres mots sur papier

7 réponses à “La Carte et le Territoire – Michel Houellebecq

  1. helene

    Et bien voilà j’ai un livre de plus sur la liste de mes prochaines lectures !

  2. Michel Où est le bec.
    (Pardon c’est sortit tout seul, je vais me cacher jusqu’à la fin du monde [ça va j’ai pas longtemps à attendre].)

    Enfin bref, j’avais l’intention de le lire et ça a vraiment l’air bien, donc j’irai l’acheter rapidement…

    Pour les critiques, Michel est un homme fort, habitué à l’anti-Houellebecq-isme, c’est devenu aussi naturel de le critiquer que de faire la grève pour la SNCF. Et tous les moyens sont bons.

    Ps: J’ai même vu « Michelle Wellbeck » sur un site australien pourtant connu…

    • Michel Well-bec était aussi possible, il est l’auteur le plus connu chez les canards. Waow que de blagues… je pense qu’avec des jeux de mots aussi nuls on donne des royalties directement à Patrick Sebastien… c’est moche ce qu’on fait. La veille de la fin du monde on fait une fête ensemble avec R.E.M. en fond musical. Je te le conseille vivement ce bouquin parce qu’il est rare de lire un roman intelligent et visionnaire.
      Faut dire qu’il a un nom compliqué à écrire le Houhellbeck…
      Cordialement

      Dicky le Canard

  3. asphodele

    Bon, j’en ai lu des critiques avant même qu’il n’ait le Goncourt ! Je viens de finir le Goncourt 2008 « Ritournelle de la faim » de JMG LeClezio, j’ai été aussi très enthousiaste, donc Houellebecq oui, en poche, dans un an, dans … J’ai toujours préféré, a talent égal ou équivalent, les écrivains secrets et discrets plutôt que les germanopratins qui jouent les Colombo mal lavés entre Lipp et Le Flore…
    Ton billet a le mérite de ne pas être « sous influence » et malgré les couacs que m’inspirent ce roman, tu m’as convaincu de le lire en dépassant mes préjugés ou a priori, au choix…

    • Et je confirme qu’il faut le lire ! C’est un grand livre, je crois qu’il sort pour le deuxième trimestre quelque chose comme ça à cause ou grâce à sa parution piratée sur le net. J’ai aussi cette facheuse manie de n’acheter que des poches, je trouve que c’est une bonne manie peu couteuse et qui oblige à une certaine attente donc une certaine excitation.
      Je lis les critiques des livres aussi mais j’essaye de me forger mon propre avis même quand c’est mal partit au départ.
      Cordialement

      Dicky le Canard

  4. asphodele

    Tout a fait d’accord ! Je note de plus en plus de blogs « littéraires » souffrant de logorrhee…pompée, copiee-collee sur la 4eme de couverture…sans discernement bien sur.
    Donc, ceux ou il y a une « atmosphère », un petit supplément d’ame dirai-je, sont toujours les meilleurs !
    Amicalement

    • Merci du compliment, j’essaye pas de jouer au critique littéraire non plus parce que je n’en ai pas le talent mais je supporte pas recopier la quatrième et analyser bêtement le bouquin donc je dis ce que je pense n’en déplaise à certains. 🙂
      Tu es la bienvenue en tout cas.
      Cordialement

      Dicky le Canard

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s