Syd Matters @ le Bataclan

Ça peut paraitre étrange mais je ne suis pas très branché musique depuis quelques temps. Je continue d’écouter les nouveautés mais je suis pas autant excité qu’habituellement… la fatigue, le manque de temps, le changement de rythme n’aidant pas forcément, je suis moins au taquet mais toujours connecté. Un peu à l’ouest donc le canard, à tel point que j’étais à deux doigts de rater le concert de Syd Matters au Bataclan, réservé il y a des mois et des mois. Fort heureusement, la veille à minuit, je me suis rendu compte de mon oubli et ai donc démembré mon emploi du temps du lendemain pour me rendre à cette sortie. Je n’avais bien sûr pas retiré la place, ça aurait pu m’aider, une journée de dingue m’attendait au boulot, bref le scénario cauchemar d’une omission qui tourne mal.
Petit tour de passe-passe et gros coups de speed au programme, détour dernière minute à la Fnac et Syd Matters me voilà.
J’ai découvert Syd Matters lors de la sortie de leur second album. Bien que première révélation du concours CQFD des inrocks, le groupe n’était qu’un nom de groupe à la mode mais pas plus. Une attachée de presse sous-traitant pour V2 m’avait invité a un showcase à la Fnac des halles. Mini concert horrible, une balance mauvaise, un groupe sans aucune dimension sur scène, des gars qui tirent la gueule… bref pas le coup de foudre, bien au contraire. Le même soir, la même fille m’invite à une petite sauterie. Soirée dans un appartement haussmannien spacieux, discussions banales avec des inconnus dans la cuisine dont certains membres de Syd Matters. Entre deux bières et des petits canapés, le guitariste, je crois, devant moi et conscient du fait qu’elle était accompagnée, drague la cannette avec qui je sortais. C’est toujours agréable, j’ai eu par, conséquent, du mal à m’encadrer le type avec cette impression qu’il appartenait à une bande de mecs pas super sympas… pas du tout mais du tout le coup de cœur pour le groupe !
Les années passent, le temps change. En 2008, je me rends au printemps de bourges pour filmer le festival pour un média. Pour des obligations professionnelles, je me retrouve au 22 à l’avance pour poser le matériel, brancher le son et avoir de la place à l’endroit imposé pour le plan d’ensemble de la scène sans avoir quinze caméras collées à moi. Présent pour filmer les Hushpuppies dans la salle Est, puis Adam Green dans le ouest, je reste à proximité du matériel et doit me farcir les groupes précédents. Première partie assurée par Syd Matters, je sais que je ne vais pas aimer ce moment et pourtant… une claque magistrale ! J’ai fondu littéralement pour leurs mélodies, la voix du chanteur, l’ambiance radioheadienne de leurs chansons, ce mélange subtil entre électro et folk et ce mood intimiste mit en place sur scène. Coup de cœur pour le groupe, comme quoi il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Une fois sur Paris, j’achète Ghost Days et écoute l’album en boucle pendant des mois. Par le groupe, des recherches autour, je découvre H-Burns, leur habituelle première partie et quelques autres groupes qui les entourent, à chaque fois que du bon.

Depuis début 2010, je scrute, je cherche, je veille à la sortie du nouvel album à en acheter le EP avant l’été pour avoir une B.O. pour mon été. Brotherocean sort le 30 aout, un opus toujours aussi touchant, à la précision harmonique d’orfèvre, aux chansons parfois plus légères, plus aériennes (antinomique pour un album autour de l’eau) mais toujours aussi encré dans une ambiance confinée. Je l’écoute beaucoup et avant même sa sortie, j’avais acheté deux places pour le Bataclan.

La première partie est assurée par Alice Lewis, une chanteuse excentrique à la pop-electro très agréable. Canard Rose l’a comparée comme « Emilie Simon qui chanterait juste« . Bien vu, elle est entre Emilie Simon et Sarah Slean pour moi, on est bien d’accord ceci n’engage que moi. Univers très imagé, Alice Lewis est une femme orchestre très sympathique, très gauche, parlant dans un franglish très amusant et dans l’air du temps. Des chansons très courtes, une multitude d’instruments différents pour orchestrer le tout. Un univers personnel entre fantaisie pop et friperie sonore vintage, une artiste qui mérite que l’on s’intéresse à elle et qui, par son live, donne envie d’écouter No One Knows We’re Here, son premier album paru chez Naïve. Une artiste qui plaira aux fans de Goldfrapp, Au revoir Simone et autres divas de l’electro-pop. Une découverte plaisante pour un concert qui commence bien.
La salle est assez calme, posée, les fauteuils sont pleins, personne n’est excité, il n’y a pas de bousculade dans la fausse, tout va bien, le concert peut commencer.
Lumière tamisée, quelques notes de City Talks et nous voilà accueillit comme il se doit chez Syd Matters. La voix de Jonathan Morali est comme sur album : mélodieuse et présente. La balance est calibrée, tous les instruments ont une fonction précise, les sonorités se chevauchent pour mieux former un tout uniforme et énivrant. Direction les limbes océaniques pour rejoindre les marins perdus et autres fantômes du passé avec  Wolfmother, le single « ta-tata-tatata » Hi Life ou encore Halalcsillag. La marée basse permet à d’anciens titres de reprendre vie quelque instants comme My lover’s on the pier ou l’incroyable Me & My Horses, une véritable corde tendue, une tension d’un bout à l’autre, magistrale ! En rappel, le groupe nous offrira une reprise de Space Oddity de David Bowie très réussie alors que l’exercice Bowie est dieu sait très casse gueule. Certains moments sont intenses, d’autres très doux, on navigue à vue, on surf d’un sentiment à l’autre, on est branlé par le roulis et le tangage mais on espère que la traversée ne s’arrêtera pas. Après To All of You, Syd Matters quitte le navire et repart dans le fond des mers après nous avoir ramené au port de départ.

Un voyage  gracieux et enivrant, un monde, un trésor, un secret qui prend vie par le live, Syd Matters confirme ce sentiment d’un moment hypnotique où la musique fait chavirer, prendre le large et emporte avec elle pour ne pas jamais complètement rendre à la terre, garder en soi un quelque chose de différent, d’onirique mais fragile.
Un très beau et bon moment. J’ai passé une partie du concert avec les yeux fermés (chose que je ne fais jamais) pour m’imprégner encore plus de ces nappes étourdissantes et magiques. Un moment, un voyage, un concert, des souvenirs…

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2 Commentaires

Classé dans Musique

2 réponses à “Syd Matters @ le Bataclan

  1. Ouhlà, je me rends compte que j’ai du retard de lecture….
    je rattrape ça aussi vite que possible! ravie de te relire au passage!

  2. Comme quoi il suffit d’un commentaire pour que découvre un nouveau groupe. j’aime beaucoup, merci!

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