Archives mensuelles : octobre 2010

Un Roman Français – Frederic Beigbeder

Parfois on aime bien un auteur pour des raisons obscures, on s’attache à son œuvre et on s’identifie en certains points à ses personnages névrosés tentant de vivre le présent avec une hyper-présence et une ultra-sensibilité. J’ai lu Beigbeder pour la première fois lorsque l’on m’a prêté 99Francs. A cette époque, j’étais dans une période de pause littéraire, je ne lisai plus ou quasiment plus. Une révélation, un bouquin génial sur le capitalisme, sur le consumérisme, le mécanisme pubeux, les dérives de ce système à un personnage, Octave Parango, essayant de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Une écriture punch-line, des phrases slogans même sur l’amour, du name-dropping intelligent et supra référencé, un zeitgeist monumental et pour une fois français. Ce livre (et Fight club de Palahniuk) m’a donné envie de reprendre la lecture, de chercher une alternative à tout le classicisme dévoré avant et de démarrer une nouvelle boulimie mais cette fois contemporaine. Je me suis renseigné sur les influences de Beigbeder et j’ai commencé à lire Bret Easton Ellis et autre Hunter S.Thompson.

J’ai lu aussi les premiers romans de Frédéric Beigbeder, les suivants et mis à part O Secours Pardon, je n’ai jamais été déçu. Il est typiquement le genre de « people » qui m’énerve, le noceur dandy assez fatiguant, ses frasques sont futiles, ses actions parfois trop voyantes, trop médiatiques et son imitation française de McInerney peut parfois passablement me gonfler mais dès qu’il écrit, je remets les compteurs à zéro. Je crois que Beigbeder est un auteur que j’aime énormément car c’est un passionné, un vrai et un homme de son temps qui vit dans le fantasme permanent d’une vie ne dormant jamais et en mouvement perpétuel. Après son côté bobo, intello, drogué parisien névropathe ne me dérange pas par rapport à beaucoup qui le critique sévèrement là-dessus, tous les auteurs américains que je lis sont des shootés notoires donc je n’ai aucun problème avec ça. (Si vous n’aimez pas les artistes drogués autant oublier une grande partie des poètes étudiés à l’école et autant oublier l’art…). C’est un passionné de littérature, de philosophie, de cinéma, de musique, un journaliste souvent pertinent dans GQ, un accro à l’histoire, au mystère comme on peut le voir dans son documentaire pour Jimmy où il part à la recherche de J.D.Salinger, l’auteur de l’attrape cœur. Voilà donc j’aime Beigbeder et son coté défoncé ou bourré ne me fait pas rire mais je juge l’auteur, pas l’homme médiatique.

Après un voyage et une vague rafraichissante au japon avec les Années douces (article ici), retour en France avec un Roman Français de Frederic Beigbeder. On ne peut qualifier ce livre de roman à proprement parlé mais d’une autobiographie, d’un travail sur une mémoire ayant caché la période de l’enfance, écrite par un romancier. Pour la première fois, il se met à nu, il est lui-même, Frédéric, pas un avatar, pas un  membre de la famille Bateman expatrié en France (Personnages dans American Psycho, Les Lois de l’attraction ou Glamorama), pas une version amélioré de l’image qu’il a de lui-même… simplement lui. La majorité de ses romans précédents pouvaient un peu se résumer par : « confidence pour confidence c’est moi que j’aime à travers vous« . Que se soit Marc, Octave ou n’importe quel autre personnage ils sont tous des jouisseurs, des mégalo, des mecs qui pensent aimé alors qu’ils ne font qu’aimer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, le syndrome Jean Schultheis a encore frappé. Cette fois Fréderic se raconte. Tout part d’une soirée décadente où il décide de taper un rail de coke sur le toit d’une voiture en pleine rue, avec un poète qu’il a édité à ses débuts. Pendant ce délire, tiré de Lunar Park de B.E.Ellis où BEE raconte avoir tapé un rail avec Jay McInerney sur un capot de caisse, Beigbeder a le manque de bol d’avoir une patrouille en faction qui passe à ce moment-là. Arrestation, photos anthropométriques, garde à vue longue et pénible. Durant cette nuit au cachot, il relativise sur ces mauvais penchants, sur ce qu’il est, à l’image qu’il donne à sa fille et surtout à comment il en est arrivé là. Retour vers le futur dans une salle de dégrisement et souvenirs en pagaille au programme. L’histoire de sa famille est bordélique et on se perd dans les noms et les ramification (comme dit dans la préface signé Houellebecq) puis cette nuit en cage prend en teneur et les souvenirs deviennent plus fort et on traverse une vie d’un gamin ultra protégé dans un milieu très très favorisé et bourgeois qui va devenir un écrivain à succès et l’immanquable des soirées branchées parisiennes (j’ai croisé Beigbeder une fois dans une soirée Rock Vs. 80s’ où il était totalement déchiré et discutait avec n’importe qui). On pourrait croire qu’il va nous faire fredonner du Claude François avec Pauvre petite fille riche mais pas du tout, il y va franchement, parle de son frère Charles, grand chef d’entreprise et futur concurrent de SNCF, de sa famille, ses souvenirs et ses premières amours. Ca sent le vrai, le vécu et l’envie de se repentir. Son passé, ses fêlures, ses déceptions, ses secrets de famille rappellent forcément aussi à réfléchir à son passé et au vécu que l’on a eu aussi. Toujours aussi punch line dans son style, il ne tombe pas dans le pathos ni dans le déballage people dérangeant. Il donne vraiment cette impression de se découvrir, de se souvenir au fur et à mesure de mieux se comprendre et les raisons de cette fuite en avant.

Jamais dans le reproche, uniquement dans le constat et l’analyse, un roman français est une machine à remonter dans le temps bien huilée et génératrice d’une réflexion intéressante sur le passé, son évolution, le pourquoi du comment de qui on est devenu, une invitation non pas au voyage mais à une introspection intéressante.

Il y a des moments où son côté showbiz ressort, où ses réflexions sont énervantes car trop « 100% VIP » comme dirait Katerine mais il sait faire oublier ce mauvais penchant avec un livre sans concession et passionnant. Comme quoi la famille des autres peut parfois ressembler à la sienne même quand on ne vient pas du même milieu. Un beau livre avec une sensibilité à fleur de page.

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Du Carton Jaune aux Années Douces…

Le mois de septembre a été un mois assez compliqué pour moi. Reprise du travail, un déménagement à gérer et une grosse fatigue en perspective. Après avoir lu 31 songs de Nick Hornby et avorté Crépuscule Nuit de Lolitta Pille pour raison d’incompatibilité d’humeur et d’incompréhension de l’histoire, du mécanisme d’idées bordéliques, de ce futur anticipé pas très inspiré et surtout à cause d’ennui profond aux symptômes méningites, j’ai changé de roman pour Carton Jaune de Nick Hornby. Je me répète comme tout futur canard trentenaire qui se respecte, mais j’ai cette envie de lire toute la bibliothèque de mon nouvel auteur anglais favori. Carton Jaune est son premier roman, un livre autour de la passion dévorante d’un homme pour le football et les conséquences dans sa vie. Son amour pour le ballon rond temporise et le pousse à prendre des choix de vie drastiques, des décisions parfois lourdes pour garder intact une folie débordante autour d’un club : les Gunners d’Arsenal.
J’avais très peur car je ne suis pas du tout, mais pas du tout, un fan de football mis à part pour me faire quelques parties de Fifa sur console. Du football au programme et l’histoire d’une passion dévorante et ayant des répercussions sur sa vie. Le principe est marrant, Hornby écrit très bien mais les comptes rendu de matchs, les exploits des joueurs sont assez barbants. Le livre m’a semblé être une longue saison au stade pour voir l’équipe d’un de ses enfants alors qu’on ne supporte pas ce sport. Quand, comme moi, on ne connaît rien du monde du football, il y a des histoires intéressantes comme les débordements des hooligans ou les accidents tragiques dans les stades que j’ignorais totalement, Furiani était pour moi le seul incident de stade dans le monde, mais le plus croustillant est ces petites choses nostalgiques qui font de grandes histoires. Un livre sur la passion et l’entêtement, intéressant mais difficile quand on n’est pas un footeux même du dimanche.
Qui dit changement d’appartement, dit aussi changement de station de métro. Villejuif Léo Lagrange était vraiment la station de cité dortoir malgré son décorum hideux record sportif toute catégorie. Pas de journaux gratuits, pas de magasines offerts à l’entrée ni à la sortie, Ma nouvelle station est tout le contraire, un métro toutes les trois minutes et tous les gratuits de la création parisiennes à portée de main.
Matin mal au crâne, je n’arrive pas à lire Carton jaune, je somnole devant Metro et son vert bouteille. Des chiliens sortent d’une mine après des mois enfermés, la France est en grève, la France n’est pas contente pour ses retraites, les politiques font des effets de comm’ et au milieu de tout ça un peu de culture avec la parution d’une nouvelle bande dessinée nommée Les Années douces de Jiro Taniguchi.
Je commence à m’intéresser à la BD que depuis cet été, pas que je n’aime pas ça mais je n’y connais absolument rien sortie des bandes dessinées classiques franco-belges que tout le monde a chez ses parents. Là, vous vous dites mais je lis le blog d’un canard inculte, il ne connait rien au foot, rien à la BD, mais putain il sait quoi à la fin ?
Cette BD japonaise, non définit comme un manga pour des raisons que j’ignore, était tiré d’un roman japonais et le synopsis m’a donné l’eau à la bouche. Pourquoi ne pas lire le roman avant ? Est-il édité et traduit en français ? On verra bien.
Après recherche, le roman est en poche et en français. J’ai envie de le commander mais je prends le pari d’aller à la FNAC pour le trouver directement. Il est temps de se ravitailler en livres et achètes trois romans dont Les Années Douces de Hiromi Kawakami. Carton jaune terminé, le rouge du soleil japonais prend le relai et la magie voit le jour en moi.
Les années douces porte bien son nom, il raconte des rencontres à l’improviste entre une jeune trentenaire et son ancien professeur de japonais classique, septuagénaire aujourd’hui, qui était son « maitre » lorsqu’elle était au lycée. Tsukiko est à part, réfléchit, pensive, encore célibataire malgré son âge dans un Japon où il y a aussi un temps pour tout, rêveuse, nostalgique et surtout différente. Leurs conversations, leur différence d’âge, leur soirée saké dans un bar restaurant typique, les réflexions de Tsukiko sur la nature qui l’entoure, sur elle, sur le maître est un délice qui se distille avec poésie, douceur et un style splendide. L’écriture de Hiromi Kawakami est simple, directe, précise, elle permet une fluidité à une action très statique, fonctionnant sur des silences, des regards, des non-dits. Un Tokyo calme, loin du brouah, une ville humaine où les promenades hasardeuses mènent à des rencontres humaines et fortes.
Une fois commencé, j’ai eu du mal à m’en défaire. Ne lisant que dans les transports en commun, j’attendais patiemment d’aller ou rentrer du travail pour une nouvelle bouffée de douceur, de zenitude (je sais c’est facile) et un grand bol d’ailleurs. Le seul grand problème à ce recueil de rendez-vous est qu’une, on a envie d’être avec eux et deux, partir au Japon devient une nécessité, une envie incroyable, un ordre naturel et inévitable. Je lis pas mal de littérature japonaise, souvent des mêmes auteurs, et je dois avouer que Les années douces m’a donné envie de continuer à découvrir une culture incroyable et un pays qui me fait rêver par ses romans et sa littérature. Un bijou romantique, tout en retenu et réflexion, à lire sans urgence et sans penser à l’heure qu’il est pour un voyage sans mouvement.

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La Mode, La Mode, La Mode !

Je ne suis pas un blog influent, pas un blog fashion, pas un buzz blog, pas un blog wannabe, pas un blog hype, je ne suis qu’un blog canard en plastique.

Il m’arrive parfois de clicks en clicks de tomber sur des blog concernant « l’enfer de la mode » (cf.Eric & Ramzy), 99% tenus par des filles pour qui, la tendance n’a aucun secret. Elles font des photos de leurs fringues top-of-the-mode avec un iphone pixélisant, une lumière moche de salle de bain et donnent les références venant de Topshop ou ASOS dans 80% du temps. Je ne m’intéresse pas aux sapes, ne m’intéresse pas à ce qu’il faut porter ou à la dernière collection H&M hyper citadine, ultra décontracté… Je dois avouer que malgré ce non-intérêt de ma part j’en ai ma claque d’une certaine mode.

Comme vous avez pu le comprendre en lisant mes articles musicaux, la grande grande majorité de ce que j’écoute ressemble en gros à du rock, de la pop ou de la folk. Ces genres sont devenus l’inspiration mode du moment, le package look a porter si on l’on veut suivre le mouvement. Après avoir écumé tous les dancefloors, transformé des nightclubbers en une bouillie fluorescente hideuse ou en bar à putes hispaniques lounge latino, la Fashion industrie entame la phase terminale de sa création monstrueuse autour du rock, un Franckenstein à frange en vie et citoyen du monde en rayban.

Le rock est mort en France ? Pas complètement mais il a sérieusement du plomb dans l’aile dans les premières années du nouveau millénaire. Bertrand Cantat est en prison, Eiffel est trop peu diffusé et la nouvelle scène française (Benabar, Benjamin Biolay…) envahit les radios et les alentours. La chanson revendicative, celle à texte, celle du quotidien, celle où on raconte comment-elle-est-belle-ma-maison-comment-il-est-beau-ce-tableau reprend le flambeau et tue tout espoir d’entendre une chanson avec un riff criard et une énergie flamboyante. S’habiller Zadig & Voltaire devient le must, le bobo est un mode de vie, un art ! Etre à la mode s’est s’alimenter chez Naturalia, avoir l’air d’un trentenaire déprimé et porter des vêtements unis et sombres. L’industrie textile étiole et étire le concept à la rendre répugnant, il est l’heure d’une alternative.

C’est à ce moment précis qu’arrive de nul part les bobo 2.0, le diminutif a changé bobo veut désormais dire Bourgeois Bogoss. Ils sont hyper connecté, ils facebookent, ils myspacent, ils sont jeunes, ambitieux, post-acnéiques pour certains, post-delerm et ont comme idole absolue The Libertines et l’iconographie du punk, les bébés rockeurs sont là. Géographiquement situé entre Paris et ses banlieues chiques, ils démarrent un nouveau courant : Le look parisien.

Paris est la capitale de la France mais aussi la cible de toutes les moqueries. Jugé souvent égocentrique et vaniteux, Paris frappe fort avec ce new look fashion remettant au gout du jour le slim. Fatal error ! La bottine, le slim et la veste en cuir à badges 70s’ fait ravage, se sera le nouveau standard. Depuis n’importe quel magazine féminin montre des gens de la rue ultra à la mode portant des effets personnels so chic, so glam, so rock… je me souviens d’une époque où croiser une demoiselle avec une rock attitude, quelques accessoires qui faisait comprendre qu’elle suivait le mouvement, était chose rare, ça se méritait !

Souvent une fille rock s’arrêtait a un gothique déguisé au-bal-masqué-ohé-ohé New Rock et des peintures de guerre genre jai-pris-un-bain-sans-me-démaquiller ou une femme perfecto en cuir et une mèche Bieber ou une grunge adolescente pas fan fan de la douche… mais LA fille, celle qui aime écouter les Stones et pas que Satisfaction ou Paint it Black et qui vit cette musique à travers son look c’était quasi-inexistant. Maintenant c’est l’inverse, trop de rock tue le rock. J’ai en exemple Rock en seine qui est devenu un catwalk géant, un défilé constant, une show room à Wayfarer, Comptoir des cotonniers et j’en passe… Des clones, des filles en robe du soir, talons hauts mais surtout avec l’accessoire qui fait tout, qui donne cet aspect décalé, désenchanté, branleur donc définitivement rock. Ca copie Kate Moss, Alison Mosshart mais avec les moyens du bord et les boutiques parisiennes. Ce qu’on ne vous dit pas assez mesdemoiselles, c’est que vous êtes les mêmes que vous vous ressemblez toutes ! Une teinture reflet auburn, une frange, des copies aviator miroirs, un rouge à lèvres glossy fraise,  un petit foulard, une chemise country carreau bleu/blancjhe mal ajustée sur les épaules, une ceinture avec une boucle assez visible, un slim, des bottines grises ou taupes… tiens, c’est bizarre, j’ai l’impression d’avoir vu la même personne cinquante fois aujourd’hui Il faut avoir bien sur le sac un peu flashy et vintage en même temps, un iphone et là c’est parfait, la copie est parfaite, conforme et ennuyante.

Vous vous reconnaissez dans ce descriptif ? Désolé mais vous n’êtes que l’une d’elle parmi les autres. Après je ne juge que le look, je ne dis pas que vous êtes toutes pareille mais bon là j’écris un un article fashion donc je parle chiffon et aspect extérieur, merde à la fin  !

La bonne nouvelle là-dedans c’est que j’ai espoir que le mouvement s’arrête très bientôt. Déjà le rock yéyé des BB Rockeurs a été une vaste blague et les ambassadrices principales : les Plastiscines (dont j’ai dis le plus grand bien ici-même) viennent de signer une collection pour la marque Jennyfer. Jennyfer est à la mode ce que Mac Donalds est à la gastronomie, une ignominie. Vous avez pu voir à la rentrée scolaire dans le métro parisien (égocentrique ! Centre du monde ! ) ou dans les galeries commerciales une pub où rock attitute se jumel avec péripatéticienne… peut-être un nouveau mouvement est en marche mais la musique prostitute est très peu populaire par chez nous. Merci les filles et merci de peut-être nous changer d’air.

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