Rock en Seine – Jour#3

Après eels, un rédacteur en chef d’un grand webzine à venir me conseille vivement de me rendre au concert de Wayne Beckford. Lui faisait une confiance sans nom, je vais voir cet artiste inconnu au bataillon. Pas si inconnu que ça quand je le vois car j’ai regardé la veille au matin un clip pailleté avec l’intéressé dedans qui dansait sur un mélange de soul r’n’b plutôt pas mal et peut être aussi il y a quelques semaines à Taratata pour une reprise Billie Jean. Les premiers instants je crois que c’est Thomas Ngijol qui fait le con, mais non c’est bien le même Wayne Beckford que celui qui  est un songwritter de tubes pour les Black Eyed Peas ou Outkast. C’est funk, soul, pop, rock, un mélange intelligent de tous les styles mais ça fait très variété pour grandes surfaces. Il y a de la joie, de la bonne humeur à revendre, une belle énergie, il danse bien mais comme tous les concerts de variet’ que j’ai pu voir comme Pink ou les Black Eyed Peas c’est de l’entertainement pur, un spectacle sympa à regarder comme guignol mais sans rien qui en ressort. Un concert pop corn. Il n’est pas très doué pour les reprises par contre mais il veut mettre l’ambiance dans un festival de rock avec une musique différente donc on ne lui en tiendra pas rigueur mais ça reste pas fantastique.
Retour à la grande scène pour y poser définitivement ses affaires jusqu’à la fin.

L’air de rien, il est déjà 18heures, ce qui implique qu’il est l’heure de Beirut.
Je suis tombé fou amoureux de Beirut quand, par des moyens détournés, j’ai découvert l’album The Flying Club Cub. Cette même année, la tournée mondiale a été annulé car le chanteur avait une trop forte pression sur lui, que le succès venait d’un coup et qu’il avait besoin de prendre du recul pour l’avenir du groupe, résultat pas de Beirut dans un festival où je devais me rendre. Le big band vient à son public avec beaucoup d’élégance et les mains chargées d’instruments divers et variées faisant déjà rêver les spectateurs. Premier titre  : Nantes, single qui les a rendu célèbre.  Le single en début de concert est une très bonne tactique comme ça ils s’en débarrassent et non plus à le gérer et cela permet au public venu uniquement pour entendre ce single, de d’ores et déjà allé faire autre chose et laisser ceux qui sont là pour l’intégralité du concert se délecter entre connaisseurs.  Le temps s’acclimate parfaitement à la musique, à cette ambiance. Il ne fait ni trop beau pour un déjeuner sur l’herbe, ni trop pluvieux pour un mimi-cracra-l’eau-elle-aime-ça, il y a le vent qu’il faut, la température est assez basse pour qu’on se sente bien emmitouflé dans son pull… un sentiment climatique en accord avec ce que je ressens quand j’écoute Beirut pour résumer. Même après plusieurs années, je reste stupéfait par le fait que soit un groupe américain. Zach Condon avec son français quasi-parfait sait faire vivre cette ambiance des balkans avec une précision et une facilité déconcertante. On pourrait faire un rapprochement facile avec Yann Tiersen ou Goran Bregovic mais Beirut emmène encore ailleurs, peut être vers une errance de l’âme, aux abords de contrées imaginaires lointaines et parfois inconnues de soi-même. Il y a du tourment, des sentiments enchevêtrés les uns avec les autres,  de la mélancolie trempant comme un boudoir du dimanche dans la folie d’une fête d’Europe de l’est, de la nostalgie marinée par une pluie de romantisme… un melting pot d’émotions diverses qui transporte avec douceur grâce à une orchestration sensible et exaltante. Postcards from Italy, Cherbourg, Nantes, autant de destination promises que de tableaux peints au ukulélé, à la trompette ou à l’accordéon. Une invitation au voyage que l’on accepte bien volontiers et qui émoustille les mirettes. Il est l’heure de dire au revoir et pourtant il est difficile de les quitter, on les suit des yeux, un peu comme à la fin d’un défilé quand les rues se vident et qu’on se retrouve seul.
Beirut est une parenthèse enchantée dans cette fin d’après-midi, un moment où tout reste en suspens, où on est emmené ailleurs, où la fragilité de Zach Condon touche et où sa voix caresse. Époustouflant, Beirut doit l’être encore plus de nuit, quand la lumière fait abstraction des alentours et qu’ils ne restent plus qu’un orchestre incroyable pour faire embarquer vers on ne sait où tant que c’est eux qui en décident. La confirmation d’un talent hors-norme et d’un groupe à voir en concert, Beirut est un nouvel El Dorado musical, n’hésitez pas à partir là-bas.

Petite pause. On reprend ses émotions. Bières et discussions et les Ting Tings démarrent leur show. L’intro est la même que l’année dernière aux vieilles charrues, Jules De Martino joue une partie au synthé qu’il sample, il va s’asseoir derrière sa batterie, sample un riff guitare, sample la grosse caisse et démarre We Walk où il est rejoint par Katie White. Alors je veux pas jouer au vieux con mais ils sont habillés en rouge, tous leurs instrus sont blancs et elle s’appelle Katie White… ça vous rappelle pour un autre duo par hasard ? Bon, passons. Great DJ, ca dansouille, Fruit Machine, We Started Nothing, tout ça, ça décolle pas ou peut être que ça sent trop le réchauffé pour que j’apprécie. Ils mettent bien l’ambiance, jouent quelques morceaux du prochain album à venir avec des cordes et des manifestants demandant du travail ou de la danse… Shut up and let me go et pour finir  That’s Not My Name qui met bien le feu mais bon… voilà quoi, c’est un feu de paille ce groupe et musicalement ça se ressent, y a des hauts et des bas, un grand huit vertigineux… Pas franchement obligatoire et pas trop d’actualité pour le coup les Ting Tings.

Pause dîner, pas de Roxy Music, ça ira pour moi merci. Retour pour Arcade Fire, tout le festival est là et le temps est menaçant.
J’ai découvert Arcade Fire aux vieilles charrues en live, je ne connaissais que de nom et de leur boulot de musiciens avec David Bowie pendant le Fashion Rocks. Je n’avais jamais entendu en album et cette découverte m’avait laissé coi. Entre temps, j’ai écouté beaucoup Neon Bible, My Body is a cage en particulier, et je n’ai pas eu le temps de m’imprégner de The Suburbs. Un peu comme Beirut (qui d’ailleurs viendra faire un petit guest), Arcade Fire est une grande famille canadienne riche en instruments et en sonorités différentes. Début grandiose avec Ready to Start, tiré du nouvel album, est-ce une question rhétorique ? Ready ! Keep the Car Running pour emporter le public avec lui dans son coffre, Neighborhood #2 et No Cars Go, tout le monde descend. C’est beau, c’est un grand concert, il y a quelque chose de majestueux dans leur façon de jouer, d’orchestrer, d’offrir cette musique à une foule conquise et hypnotisée. The suburbs, Ocean of Noise, Intervention, We Used to Wait et là, c’est le déluge, il pleut avec un petit vent et la scène prend l’eau. Le groupe doit arrêter pour des raions de sécurité évidentes. Ils décident de revenir comme ils peuvent, une partie de public a déguerpit à cause des intempéries mais les fidèles restent et y croient à fond. Ils sont tous là et donnent ce qu’ils ont sur Wake up ! où tout le monde crie à tue-tête avec eux, un moment mythique, une ambiance solidaire face à cette mauvaise météo, une émotion très forte, ces choeurs venant de la foule comme un merci ou on vous aime en réponse à cette performance magnifique. Ils doivent quitter la scène car il pleut toujours autant et que l’électricité pourrait les toucher. Un grand moment, un grand concert, un grand groupe et pas q’un phénomène de monde intellectualisant comme peuvent le penser certains.

Il est temps de rentrer avec les 35 000 autres spectateurs. Il pleut, la ligne 10 est bloquée à cause d’un incident voyageur, c’est le bordel mais c’est pas grave. Rock en Seine est pour moi le meilleur festival au niveau de l’organisation, de l’affiche et de l’emplacement. Une bonne année, un bon cru 2010 et la rumeur 2011 qui commence un an à l’avance qui soufflerait que Daft Punk serait une tête d’affiche future… On attend de voir ça.

Les peoples croisés sur place : Julien Doré, Lou Douillon, Marco Prince, Ariel Wizman (habillé comme un naze), Katty des Plastiscines & Daniel Darc. Moué…

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4 Commentaires

Classé dans Musique

4 réponses à “Rock en Seine – Jour#3

  1. helene

    Moi aussi j’aime beaucoup Beirut , leur univers et la voix envoûtante de Zach Condon .

    • C’était un moment particulier et intense vraiment. Même si le chanteur ressemble à Oui-Oui et que quelques membres semblent être des mormons. 🙂
      Cordialement

      Dicky le Canard

  2. Tobychou

    Et moi, quel réel plaisir de un compte rendu de cette qualité pour RES ! J’ai de la lecture en marque page pour demain 😉

    • De la qualité je sais pas mais mon ressenti par rapport au festival oui. Merci en tout cas de ta visite ici et dis moi ce que tu penses de tout ça si tu as le temps.
      Cordialement

      Dicky le Canard

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