Nicolas Rey – Un léger passage à vide

Il est d’usage de faire un vœu lorsque l’on fait pour la première fois une nouvelle action. Je ne l’ai pas fais cet après-midi, alors que j’aurais pu. Aujourd’hui, samedi ensoleillé à la chaleur croustillante, mon gagne pain me retient entre ses murs. Des ventilateurs au plafond tournent à fond, l’armada aérodynamique est placée aussi au sol, les palmes tournent et créent le ronronnement rotor d’un hélicoptère en pleine jungle d’Apocalypse Now, Wagner en moins.
Je suis d’astreinte, je fais mon travail mais j’ai du temps de libre. Pas internet, pas professionnel d’avoir un roman dans les mains (pourtant le dieu canard sait que je veux le terminer, à deux chapitres de la fin…), pas possible de quitter mon poste pour discuter avec les collègues… alors que faire ?
Coup de bol, dans ma poche monnaie traine ma clé usb avec dessus en pdf : un léger passage à vide de Nicolas Rey. Le livre était disponible le jour de sa sortie sur le site du Au Diable Vauvert et je l’avais récupéré et mit de coté en attendant que…

Lire sur un ordinateur un roman, une nouvelle expérience.

J’aime les livres parce qu’ils sont livres. Le papier, le rituel de tourner les pages, le parfum incoprable d’un livre neuf quand on l’ouvre la première fois, le fait de revenir en arrière, de corner une page quand on paume son marque-page, la petite habitude de noter sur une feuille de bloc des passages à recopier quelque part… j’aime son contact. Le livre virtuel ne me séduit pas, j’en ai pas envie et peut être que connement, ça me fait peur de virtualiser complètement les écrits, déjà une réaction de vieux con… déjà.
J’ai lu tous les romans de Nicolas Rey, j’apprécie toujours de le lire mais pas de là à le lire autrement qu’en édition poche. (à vrai dire, je ne lis que des poches à part grandes exceptions).
Opportunité de le lire avant sa future sortie, c’est le moment ou jamais de faire une pierre deux coups, lire un roman qui m’intéresse et expérimenter la lecture sur écran.

Un léger passage à vide

Pour la première fois, il  y a eu un sacré buzz autour de Nicolas Rey pour la sortie de ce livre. Il faut dire que ce romancier, plus connu pour ses chroniques télé dernièrement, fait sa promo en Moïse sauvé du courant sauvage de la drogue et des mondainiéséries parisiennes alcoolisées. Loin d’être misérabiliste pour autant, Nicolas Rey est, quoi qu’il arrive, toujours touchant. Dans son écriture, dans ses interviews, dans ses interventions, il a ce coté bâtard sensible si séduisant. Un séducteur névrosé à la toxicité amoureuse couplé d’un type gauche toujours sur la corde, jouant l’humour et le mot d’esprit pour garder l’équilibre et ne pas s’effondrer sur le tarmacadam à tout moment.
Un léger passage à vide est autobiographique pour l’inspiration, romancé par pudeur et franc du colier pour le ton. Une rétrospective acide de six ans de remise à niveau, d’une volonté de fer de devenir clean pour être un père, un bon père.
On sent que c’est une littérature des tripes, une confession couillue, une mise à nue sans concession, la rédemption d’un homme qui aime la mauvaise vie mais qui doit s’y résoudre pour son fils.
Un roman violent, marrant, triste, déglingué… un bordel sans nom, des chapitres inégaux en qualité, des pures moments de génie, un style rapide, incisif, l’envie qu’il s’en tire, son contraire, bref tout est là pour que cette histoire d’un homme dérangé interpelle et ne sente pas le chiqué peoplo-médiatique vomissant d’un pathos télé 7 jours.
J’ai aimé le suivre sur les années, j’ai adoré le format très court et concis des chapitres (parfait pour une lecture sur écran d’ailleurs) et surtout… qu’est-ce qu’il écrit bien ! La scène la plus forte est de loin celle du chapitre La vengeance de la
madeleine noire, où son fils l’engueule à la terrasse d’un café un dimanche après-midi… criante de vérité, sentant le vécu à plein nez, en quelques mots, sans trop faire, cette scène de famille donne la chaire de poule et fait comprendre cette envie si forte qu’il a de rejoindre le rang des gens « normaux ».
J’ai apprécié de lire un roman de bout en bout en deux heures pour la première fois et j’ai trouvé vaillant le fait de se moquer ouvertement d’actrices réelles, de ne pas se cacher derrière des faux-semblants ou des pseudos.
Nicolas Rey m’a eu, Nicolas Rey reste un de mes auteurs français contemporains préférés, Nicolas Rey est un écorché vif qui joue carte sur table et qui fait tapis à chaque instant de son roman. Un putain de coup de poker littéraire. Un léger passage à vide, ok ! maintenant j’attends la suite…

J’ai recopié une partie de chapitre que j’ai particulièrement aimé :

« J’y retourne. Décollage. J’aime la corrida sentimentale et les virages dangereux. Je suis une femme de marin. Je suis en cavale. Je respire l’amour des femmes et des morts qui vivent en nous. Je me transforme en lilliputien. L’haptonomiste m’excite.
Elle me parle. Intérieurement, je débute son ascension en commençant par le tibia gauche.
Au début, un string m’empêche d’aller au-delà de l’entrecuisse. Qu’importe. Je savoure. Je respire cette odeur divine d’huile pour le corps, de transpiration, de pubis qui palpite. C’est l’Espagne !
Ce soir, je vais finir, imperceptible chanceux, entre les petites lèvres de la dame à blouse blanche, vers l’infini et au-delà, la faune sera flamboyante. Je suis un travesti au bord des larmes, je suis Barcelone qui déploie son attaque, je suis un morceau de tam-tam qui craque, un univers qui s’accélère. Nous sortons du cabinet médical. Je n’ose pas regarder Marion. Ah. Vous ne connaissez pas ma femme, c’est vrai. Camarade lecteur, je te
présente Marion. Vous pouvez l’aimer dès maintenant. Cette fille est formidable. En premier, il y a Jésus-Christ et, juste derrière, il y a Marion. »

Chapitre L’haptonomiste

Pour ce qui est de l’expérience du livre virtuel, je lis beaucoup plus vite sur écran mais la magie n’est pas là. Je passe mon tour… pour l’instant.

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1 commentaire

Classé dans Bouquins, Canards & autres mots sur papier

Une réponse à “Nicolas Rey – Un léger passage à vide

  1. Wahow. Quel descriptif, quelle émotion, quel enthousiasme! ça donne envie de découvrir, de plonger, de s’abîmer dans cette lecture… Mais vous-même avez un style très enlevé, cela rajoute encore à la brusque et physique envie de courir acheter cet ouvrage (quand il sortira…). Article superbe!

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