Eleanor Rigby de Douglas Coupland

eleanorpolaEn littérature, je fonctionne à l’affectif. Je n’ai jamais un plan précis sur mes lectures, pas un enchaînement distinct, pas une liste notée dans un cahier, j’alterne les auteurs que j aime et me fis à mon instinct.

Il y a quelques semaines, je me suis rendu à la fnac pour retirer des places de concerts et un détour par le rayon livres m’a poussé à des achats compulsifs par rapport aux noms et par rapport aux auteurs.

J’ai acheté Mensonge sur Divan dont j’ai parlé avant mais aussi Eleanor Rigby de Douglas Coupland que je viens de terminer.

Il y a quelques années dans Rolling Stones Magasine français, première version, il y avait un article sur la littérature alternative américaine. Ma connaissance en la matière était plus que très restreinte et voulant m’initier, j’ai suivi les conseils du journaliste aveuglement en achetant Las Vegas Parano de Hunter S. Thompson et Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes de Robert M. Pirsig. Bluffé par le premier et replongé dans une crise métaphysique par le second, j’ai compris rapidement que la sélection tirée de l’article n’était pas un simple hasard mais une étude pointue en la matière. J’ai continué à la suivre et ai découvert Generation X, premier Coupland que j’ai lu. Œuvre générationnelle, la génération X est celle qui est née alors que la publicité à la télévision existait déjà. Une génération perdue, celle qui sera oubliée de l’histoire et qui a une vie mercantile déjà toute tracée, sans grande guerre, sans grande révolte, sans rien à l’apparition d’objets inutiles et obsolètes au moment où l’on achète. Toute le postulat du livre est la recherche d’une alternative de vie qui n’est pas une alternative faussée et déjà pensée par le marché. Une traversée du désert entre amis sous fond de crise existentielle et d’ennui chronique. Bourré de référence pop culture et encrée dans l’air du temps, Génération X m’avait fait l’effet d’une bombe, les bases du fight club avant Chuck Palahniuk, une prise de conscience nihiliste faisant trembler ma vision de la société moderne.

Depuis j’ai lu la bibliographie de Coupland au fur et à mesure du temps mais sans jamais retrouvé la même intensité.

Parfois pour des raisons qui nous dépasse on s’accroche à quelque chose qu’on trouve un peu branlant, pas bien montée, pas crédible une seule seconde mais on s’y intéresse comme un animal étrange mit sous un microscope, qu’on voit se triturer dans tous les sens. Girlfriend dans le coma, toutes les familles sont psychotiques… autant de romans tirés par les cheveux qui ont une question de fond toujours intrigante et menant une réflexion sur la mort, les liens, la vie tout simplement, l’après, ce qu’on laisse de nous pou les autres, des anges de l’apocalypse…. Eleanor Rigby est comme ça, un bookin spatial, pas comme les autres, avec un rythme bâtard mais prenant.

Le synopsis n’est pas simple mais pour essayer de faire simple, Liz Dunn, canadienne de trente-six ans, a la vie la plus banale qu’on puisse faire. Cette banalité et cette hétérogénéité est voulut et travaillée, érigée en mode de vie. Une vie trop normale en apparence. Cynique et nostalgique, sa vie n’est qu’un éternel recommencement quotidien jusqu’à une extraction de dents et la chute d’une météorite miniature change radicalement son existence.Le titre du livre, évidement emprunté aux Beatles, pose la même question que la chanson c’est-à-dire « où vont les gens seuls ? » Un souvenir d’un voyage en Italie tumultueux, des souvenirs de vacances d’été seul dans sa banlieue des années 70, la découverte d’un corps mort près d’une voie ferrée, font mieux comprendre Liz et sa philosophie sur la solitude et ses bénéfices.Un jour, un fils abandonné tombe du ciel et révolutionne sa vie du tout au tout, la poussant à rendre une vie trop ordinaire en une suite d’événements qui ne l’est pas assez.

Liz Dunn est attachante, sa quête existentielle met en exergue certains doutes sur la notre. Les gens normaux n’ont-il rien d’extraordinaire? Look at the lonely people…

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Classé dans Bouquins, Canards & autres mots sur papier

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